Les objectifs

Les Ateliers d’Écriture de l’Arabesque, association loi 1901, créée en 1994, a pour objet le pont avec la littérature, la découverte, le travail, la recherche, la création de l’écriture, en lien éventuel avec d’autres formes d’art.

Cette association développe des actions avec, ou pour d’autres organismes, écrivains, libraires, bibliothèques, écoles, maisons d’éditions, théâtres, musiciens, danseurs…

Aucun diplôme, aucun niveau nécessaires.

Seuls le désir, l’urgence, la pulsion d’écrire !

Calendrier Arabesque

Inscriptions pour les ateliers réguliers 2025-2026 et les samedis d’écrire 2025-2026, possibles tout au long de l’année.

•  par mail : ecriturearabesque@gmail.com

•  par téléphone : 06 84 49 82 23 ou 06 74 20 93 99

•  ou en imprimant le bulletin d’inscription

du 25 au 30 août 2025 stage d’été La Rencontre

23  septembre 2025 Reprise de l’atelier En chemin 

24 septembre 2025 Reprise de l’atelier À gammes multiples de Chaponnay

24 septembre 2025 Reprise des ateliers À gammes multiples de Sainte-Foy-lès-Lyon

20 septembre 2025 Samedi d’écrire : Avant, après, plus rien de pareil ?

31 janvier 2026 Samedi d’écrire :  Gestes, mouvements

6 juin 2026 Samedi d’écrire : Passons les portes

2009 « Ecrire une nouvelle »

Pour les stagiaires , il s’agissait chaque jour d’écrire une nouvelle.

À la poursuite de LANCELOT

Un feu de camp dans le Yosémite. L’odeur âcre du bois pourtant sec. Le feu pétille – rubans de fumée, volutes élastiques autour des branches. Sous ce ciel d’été profond, le clignement des étoiles éveille en elle ces instants d’été au Prège, lieu de son enfance. Dans une réserve de chasse forestière, le pavillon à l’abandon avait été une aubaine pour ce premier amour étudiant.
Elle avait rencontré Charles après sa réussite au concours d’École du Cinéma. Quel enthousiasme alors ! Concrétiser ses rêves de toujours.
La famille avait longtemps douté de son choix. Ils la connaissaient rêveuse, passionnée de photo, sans cesse à filmer depuis que son frère lui avait donné une caméra, à filmer la famille, au quotidien. Photo et caméra, elle les avait autour du cou dès qu’elle se déplaçait, se baladait dans la campagne.
Jeune adolescente, combien de fois avait-elle été transportée en lisant Lancelot du Lac dans une ancienne édition cartonnée. Assise dans les joncs, au Prège, un plan de baignade où d’énormes pierres joufflues retenaient les eaux vives de la Semène. Maud résistait aux taquineries joyeuses et rafraîchissantes de ses camarades qui auraient aimé l’entraîner dans leurs jeux d’eau.
Le bois de la Fressange, près de chez elle, lui servait de décor pour de grandes fresques de reconstitution de cavalcades de chevaliers traversant les forêts pour des guerres seigneuriales sans merci. Il y avait ces galops-là. Et parfois, Lancelot lui-même, sans casque, cheveux au vent, égaré dans cette forêt bruissant de mille sortilèges, s’imposait sur un cheval piaffant et cliquetant de blanc. La jeune princesse, dans sa robe longue, légère et soyeuse, fluide dans le vent, couronnée de fleurs des bois, surgissait, puis disparaissait quand Lancelot croyait la rejoindre.
Combien d’heures n’avaient-ils pas discuté avec Charles, des plans, des couleurs, des jeux de saisons pour mettre en valeur la beauté du sous-bois ? L’éclat de la neige, les brumes cotonneuses de printemps, le jaillissement net des genêts en fleur, la touffeur de l’herbe, l’été, quand le souffle chaud de la terre est vite rabattu par la caresse d’un vent frais. Comment filmer le goût très doux des myrtilles, au violet sobre et subtil ? Leurs discussions enivrantes, leurs premières approches de la technique, les portaient loin dans la nuit. Éclairés par l’incandescence des braises, ils écoulaient leur provision de babets et branchages, grillaient quelques saucisses en buvant des alcools forts. Vieux marc, vin de noix ou d’orange.
Leur idylle n’avait pas duré très longtemps.
Une jeune, entêtée de politique et d’avant-garde, avait rapté Charles à Maud. Elle avait travaillé plus dur. Cela avait été une chance. Elle avait été reçue première de sa promotion, tout de suite remarquée par le producteur qui avait ses entrées à Hollywood. Comment résister à ce succès ? Un mari informaticien de talent, deux enfants, prolongeaient les maillons de son bonheur. Dégagée d’obligation financière, elle s’adonnait à la création sans complaisance. Son côté trop frenchy l’avait écartée des grandes productions. Elle avait alors eu tout loisir de peaufiner son œuvre « À la poursuite de Lancelot ». Sélectionnée à Cannes, elle s’était taillée un joli succès auprès des medias français.
Charles, s’était orienté vers les documentaires, elle n’avait plus entendu parler de lui.
Après le succès du film, elle avait pris des vacances avec son mari et les enfants, tous les trois comblés par sa présence .
Elle avait parfois la nostalgie de sa Haute-Loire, bigrement inexistante de ce côté de l’Atlantique ! Ils avaient de longue date, programmé un voyage familial en Haute-Loire. Ses filles comprendraient-elles cette nature rauque ? Elle leur lisait beaucoup d’histoires en français, celles qu’elle avait adorées. Pour « Lancelot », elle avait attendu qu’elles entrent en adolescence .
C’est de retour de ce voyage à ses sources françaises que la famille avait sombré en mer lors du crash de l’avion.

Seule, la plus jeune des filles a survécu.
Elle vit dans les brumes de la côte est. Elle écrit des Bandes Dessinées futuristes, le héros, un Lancelot du troisième millénaire.


Françoise Scohy

2008 « Trace(s) »

Sept stagiaires aux prises avec la (les) Trace(s).

LE DÉSERT AVANCE

Loin des minarets, des boutiques panachées, des palmeraies juteuses, de la marée noire des souks saturés ; par la piste chaotique de l’Hamada obscur, poussiéreux et aride, les cailloux se chevauchent grossièrement sous le passage des 4X4. Tu t’impatientes ! Sol disloqué. Le rocher devient caillou, les cailloux deviennent poussière. Au fur et à mesure du désert, le noir charbonneux, dans un tourbillon se nuance.
Une mixité provisoire s’accentue. Au loin, le désert se dessine.
Tu perds ton regard dans ce chamboulement cosmique. Tu as soif de couleurs. Tu bois le désert. Tu l’absorbes. L’impasse t’oblige à marcher. Tu t’approches. Tu l’atteins. Brouillage des pistes dans ton dos. Plus de repères ! Pas de boussole dans ce labyrinthe de craies coloriées. Du sable, encore et toujours du sable. Rien que du sable farineux. Le vent fouette ton visage, se fraie un passage dans les plis de ta djellaba bleue indigo, irrite tes yeux, et gerce tes lèvres. Le simoun vorace cingle ta peau.
Tu t’abandonnes face aux puits de lumière, aux cuvettes de couleurs des profondeurs charnelles des dunes. Nudité de la terre. Le paysage se déhanche : le creux d’un ventre, l’arrondi d’un sein. Tu escalades les vides et les pleins d’une peau veloutée sous le soleil impérial.
Ton regard capture l’envol de l’oiseau du désert. Il plane, ailes déployées en quête de proie. Figée, tu savoures le magnétisme qui se mérite. Instant poétique d’un spectre lumineux. Pentes panachées, ondulées, lézardées par le vent, maître du site, qui fait puis défait les dunes. Les couleurs se dérobent sous le coucher du soleil : rouge flamboyant, orange sanguine, ambre, ocre jaune, safran, fuchsia, rosé beige, terre ombrée. Couleurs criardes, puis délavées, dans une étoffe aux reflets changeants. Tu te perds dans les contours et les arêtes. L’homme devient minéral, le minéral devient homme.
Le désert devient silence, temps suspendu, parenthèse, arrêt sur image. Un rien. Un tout.
Au loin, des silhouettes filiformes, effilées comme des I s’enfoncent, se brouillent, s’effacent dans la poussière d’étoiles. Tu t’assois sur ton nuage de ciel rouge. Tu suis des yeux la luminance qui devient monochrome. Le jour s’éteint comme la fragilité de la flamme d’une bougie dans le fracas de la nuit.
Le soleil tombe du ciel ! Sous ton regard d’enfant, la nuit se glace.
Ici c’est nulle part.

Martine Rivoire


TRACES D’IRLANDE (extrait)

1
Tu marches, tu marches gravissant la petite route qui serpente entre les collines pelées. Tu n’as pas cessé de marcher sous une pluie fine. Elle poisse tes vêtements pourtant recouverts d’une large pèlerine où s’engouffre parfois un vent coulis aqueux. Poisse jusqu’à ton âme. Tu ne sais pas où tes pas te conduiront. Juste une vague adresse. Un point perdu sur la carte, vers lequel tu crois te diriger. Quelques heures plus tôt, un bus t’a déposé à une croisée de routes. Depuis, le rythme lent de tes pas scande sa musique dans ta tête. Autour de toi, les formes molles des collines s’estompent dans l’humide, comme épongées. Chacune des averses brouille un peu plus les lignes. Tu marches dans le gris, dans d’infimes nuances de gris. Elles t’imposent leur douceur jusqu’à l’angoisse, jusqu’à ce que, de temps à autre, affleure une inquiétude sourde, lancinante. « Trouverai-je un gîte pour la nuit ? ». Alors, tu pousses ton pas, tes battements de cœur s’accélèrent. Tu voudrais voler pour atteindre ton but. Ce but perdu dans le brouillard, perdu dans cette moiteur qui te prend à la gorge. Au début, l’allégresse d’une liberté sans limites. Mais très vite cela te revient en leitmotiv.. Tu le sais, il y a dans ce moment comme un défi que tu te donnes. Surmonter ta peur en allant droit devant. Mais tes vieilles peurs, tu ne les as pas vraiment domestiquées. Elles surgissent là où tu ne les attends pas, du fond de ton être. Elles libèrent leur ménagerie folle. Tu as beau te raisonner, elles s’agrippent à tes basques. Ton sac pèse de plus en plus sur les épaules. Envie de stopper net. De laisser hurler ta solitude comme un loup cerné par une meute. Tu te mets à chanter à tue-tête. N’importe quoi. Et tu te souviens de la scène qui t’a saisie aux tripes par une nuit de St Sylvestre dans une salle d’attente avant le départ de ton train pour l’Italie. Une nuit glaciale où deux hommes à la dérive, deux amis, se sont mis à chanter tous les standards du rock qu’ils possédaient, pour se donner le courage qui leur manquait.
Tes pieds sont douloureux, chauffés à blanc dans tes chaussures mouillées, tes mollets durcis par l’effort dans ton pantalon détrempé. Tu en viens à maudire cet endroit qui a nom nulle part.
Pas après pas, tu hurles ta chanson, pour ne pas faiblir.

2
Fouetté par les embruns, bousculé par les embardées du bateau résistant aux fortes houles prenant d’assaut le bâbord, tu parviens au terme de ta traversée dans l’île. Tu remontes lentement l’unique rue qui part du port, ton guide à la main. Tu trouves la modeste maison de pêcheur de ton hôtesse. Elle t’accueille avec son regard bleu, d’un bleu transparent comme délavé, un sourire léger. Le sourire de la vieille dame est encadré de rides incrustées dans une peau tavelée. Elle t’accueille avec cette voix pleine de feutre que tu as peine à comprendre. Tu sais que tu seras ici chez toi, l’espace de ton court séjour dans l’île. Dans la petite chambre t’attend le lit avec son gros édredon.
Promesse d’un sommeil lourd et sans rêves.

Christian Zimmermann

2007 « L’ailleurs »

« Qu’allais-tu faire, mon ami, aux confins de la réalité ? »
Aragon


Pendant une semaine, les stagiaires ont approché la question de l’Ailleurs, dans des allers et retours incessants entre écriture, lecture, découpage, collage, pour aboutir à une présentation de leur œuvre.

Séance d’écriture, Séance de collage, Pérégriner et trouver l’Ailleurs en soi
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PROPOS D’UNE STAGIAIRE :

« Dès le dimanche soir, les lignes de l’Ailleurs s’inventent avec nos mots sur des feuilles blanches ou des cahiers. Nous sommes autour de cette grande table d’écriture, à lire nos textes. Je retrouve le plaisir d’entendre les écrits de chacun… Le voyage en écriture commence.
C’est parti pour une semaine, avec cette impression que le temps va être extensible et… survient le mercredi où je m’affole : textes à retranscrire, collages à déployer, conversations à délayer…

Des jours précieux avec, alentour, des livres, des récits d’auteurs que Marie-Agnès Chavent Morel nous invite à découvrir, juste avant nos silences d’écrivants, cherchant nos ailleurs.
Le plaisir de vivre une semaine entre parenthèses s’intensifie.
Les perspectives de l’Ailleurs deviennent personnelles et créatrices.

Vient le dernier soir avec la balade-spectacle des textes et des collages, que chacun joue, cadeau de vie. »

P.C.

AUTRE PROPOS :

Pour s’immerger dans les mots,
Comme à la piscine on entre dans l’eau de bien des façons,
Entrer dans les textes par le cœur, la sensation, le souvenir, par l’esthétique…
Rester au bord parfois,
Écouter…

Pour rencontrer un groupe amical et convivial,
Pour prendre soin de soi,
S’écouter…

Cet été le stage réservait des surprises : Sylvie nous a accompagnés sur les « ailleurs » de la création plastique… Collage, décollage !!!
Ça découpait, ça collait, « glaneurs et glaneuses », ça se composait, ça se discutait
Ça se créait sous nos yeux….
Au final, des décors-compagnons pour une lecture des tous derniers textes susurrés au papier.
Nous étions « ailleurs », sur les chemins des mots, sur les sentiers de campagne, dans nos émotions partagées.

À l’heure de rentrer, on se surprend à garder un mot : richesse.

MPKL

Chacun en son Ailleurs, le dernier jour

Près de la maison

Ou dans l’intimité d’une chambre d’écriture

Dans un champ

Si ce n’est dans une cage à poule

Et comme souvent dans les histoires, tout se termine par un repas, que l’exceptionnel chef a concocté.


EXTRAITS


De Vivi BERNARD :

Je vous retrouve au loin
molles collines verdoyantes
village paisible et sentiers bordés de buis…
Le chemin a été rude pour accéder à votre paix.

Je veux garder cet ailleurs
où les étoiles se ré-affirment
Je veux garder cet ailleurs
où tous nos possibles se rejoignent

Je veux garder cet ailleurs
où nous créons des matins riants du jour à venir
Je veux garder cet ailleurs
où nous inventons au quotidien notre futur
Je veux garder cet ailleurs
où nous allions nos différences
Je veux garder cet ailleurs
où nous nous engageons dans le soutien
Je veux garder cet ailleurs
où nous amplifions notre avenir
Je veux garder cet ailleurs
où nous agrandissons ensemble une part d’éternité.

Je veux m’engager en cet ailleurs
telle que je suis
envers celui que tu es

De Marie-Pierre KOHLHAAS-LAUTIER :

« L’Algérie en héritage »

Un beau titre dans un magazine.
Puis-je prétendre au titre ?
Aller là-bas
Pour hériter de la lumière et du savoir des femmes.

Là-bas les femmes cuivre et henné
Là-bas aussi les femmes de ma famille lavande et camomille
Le jeu de leurs regards, khôl contre eye-liner

Ne pas choisir
Ce qui souligne encore plus sûrement un regard,
C’est le rêve d’un ailleurs…

De Christian ZIMMERMANN :

Ailleurs en soi

27/7/07

Polyglotte
Des langues bruissent en moi que je porte au plus profond, langue venue de l’enfance primitive portée par la tribu, d’abord langue première dont les vibrations passent par le corps-mère, et s’enroulent indélébile autour de l’axe de mon être, langues héritées qui somnolent en moi dans l’attente d’un éveil, qui voyagent dans ma mémoire avec leurs sonorités qui viennent faire ressac à mes oreilles oublieuses, langues qui attendent de prendre forme, prendre souche en un lieu de frottement possible, langues qui attendent que ton souffle s’en empare pour être proférées, langue du poème qui cherche sa prosodie, langues apprises sur le tas, vocables asséchés par l ‘oubli, langue quis’étiole faute d’avoir été proférée.

Funambule du destin
La chanson dit « je suis né quelque part », j’aurais pu naître ailleurs, dans un autre temps, sur une terre aride et glacée, dans le désert, dans les plaines de la Pampa, au bord du lac Titicaca, dans les faubourgs de Tokyo-Yokohama, en Chine au pied du Kilimandjaro, en Patagonie, dans le Montana au bord du Saint Laurent, en Australie… Ce qui advient après est une autre affaire, le terreau de départ fait souche, l’identité se tresse au gré d’un lieu, d’une histoire, se tresse et se défait pour se recomposer sur d’autres soubassements, empruntant des chemins de hasard.
Je marche le long de cette route, m’éprouve marchant et c’est l’enchantement du monde, l’épreuve d’un pas suspendu entre deux infinis, des infinis de possibles, angoisse primordiale de l’être qui s’en va cheminant droit devant … Ne pas regarder trop en arrière, ne pas regarder au-dessous de soi… À chaque avancée, son effondrement, à chaque avancée, puis viennent les chemins de traverse, les pas de côté qui ouvrent notre regard, nous lestent d’expériences nouvelles. Et puis il y a ce monde plein de bruits et de fureurs qui nous disperse, affaiblit notre être, nous fait oublier l’essentiel ; l’essentiel à nos pieds, l’essentiel d’un paysage, l’essentiel d’un visage, d’une présence, celle de l’être aimé, ce monde pressé nous entraîne dans cette course vers l’oubli. Rester bien en équilibre infatigable sur la corde tendue de notre destin.

Danse
Il te faut toujours soustraire pour ne pas tomber dans la confusion, la lourdeur, l’ennui Arriver à l’épure, comme l’archer zen, pour pouvoir enfin jouer avec la pesanteur, tes pesanteurs. Te souvenir que d’autres avant toi ont atteint ce plaisir rare, cette jouissance qui se lève au fil des pas bien cadencés, bien balancés où parfois tu peux si tu le veux toucher à la grâce. Tu refuses la discipline de l’apprentissage fastidieux alors danse ta danse comme une œuvre d’art. Elle te demandera patience, obstination, toi derviche tourneur de ta vie.

Visage
Ton visage me dit l’histoire de ta vie, me dit l’histoire de tes ancêtres, il me conte au fil des jours sous la peau caméléon des humeurs, tes états d’âme ; ton visage est une énigme indéchiffrable, qu’il m’est impossible de comprendre autrement que par la longue conversation de nos corps, de nos voix. « L’entretien infini » qui s’écrit d’abord dans un profond silence, dans le rire libre d’un enfant, dans le chant de l’oiseau, dans la musique du vent, dans la myriade de feuilles-rhombes qui vivent à l’unisson.

Solitude
La solitude est un jardin que l’on cultive chaque jour, recueillement et présence à soi ; un exercice de familiarité avec son étrangeté première ; Dans le « Qui suis-je ? » c’est être debout dans ses épars, dans ses plis et replis, dans sa confusion, son chaos intéreur, c’est être quelque part où personne d’autre que toi, n’a droit de cité sondeur de tes profondeurs. Au fond de toi, il y un vide abyssal qu’il te faut combler par la parole, l’action, la relation à l’Autre au risque de te perdre. L’autre danger qui te guette est l’oubli de soi dans les gesticulations de ta vie, dans l’immersion dans l’écume de ce monde en fusion, monde au bord de l’asphyxie. Alors comment préserver ces moments salutaires de solitude, ces moments où ne t’épargnera pas le vertige du vide ?

Chant profond
Saetas fléches lancées de la foule pour invoquer Dieu le jour de Pâques, chant du sorcier, du chamane qui tourne autour du corps souffrant, chant de l’aède antique, du griot d’Afrique, chant du guerrier solitaire avant son dernier combat, chant polyphonique des femmes bulgares, chant, a capella des paysannes des Pouilles des Abruzzes, chant des esclaves noirs, des bagnards, chant que tu sauras faire vibrer du fond de ton être.

Clowneries
Mets les bouchées doubles, mets les pieds au mur, fissure ta façade, grime-toi le corps entier de couleurs criardes, agite les grelots de ta folie, fais de tes paroles, des bulles de savon, mets ton bonnet d’âne, regarde-toi dans un miroir et marre-toi !

Terre (chant)
Ballet de libellules sous les ombrages,
Clapotis de rivière qui méandre
Broderie de chant d’oiseaux
Herbes folles, buissons, taillis,
Arbres altiers, arbres penchés, courbés par les vents
Chemin boueux
Chemin qui m’appelle


De Martine RIVOIRE :

Don de la vie

Porter ses pas vers l’esprit libre.
Libre de sentir.
Respirer le paysage.
Être sur un chemin de terre qui craque sous mes pas lourds.
Suivre le sentier dans le sous-bois de buis. L’épaule frôle le feuillage. Un oiseau s’envole.
Écouter les bruits. L’oiseau, la berceuse des feuilles dans le vent.
Écouter, apprécier le silence. Ne penser à rien.

Je respire le parfum des aubépines.
Je goûte l’arôme sucré des mûres.
Mon corps s’abandonne.

Apprécier l’émanation de la terre mêlée à la mousse, aux bois des arbres.
Ne songer qu’à soi.
Humer ce bouquet de vie. Rester. Rester là. Savourer.
Prendre le temps de sucer la tige d’une fleur.
Plonger dans un paradis perdu.
Se noyer dans les essences des bouleaux, des chênes verts, des charmes, des noisetiers, des hautes fleurs sauvages.
S’enivrer.
Rester là, devant un arbre déraciné. Le caresser. Lui parler. Sentir la rugosité de son écorce. De la pousse qui se dérobe de son tronc.
Dévorer des yeux un monde microscopique, les fourmis, les cloportes, les milles pattes.

Ne pas piétiner.

Préserver le trésor dans son écrin.
Le vert des feuilles, l’ocre de la terre, l’anis des jeunes pousses, le rouge des baies sauvages, le mauve des chardons ardents, le bleu du ciel.
En prendre plein les yeux.
Et ce rayon de soleil qui traverse la feuille pour lui donner bonne mine. Panachage de verdure. Couleurs chaudes des tournesols en contre bas dans la vallée.
Les verts chatoyants des arbres dans cette mosaïque de couleur.
Correspondances des complémentaires.
Équilibre.

Douceur de vivre.

2006 « Écrire en écho »

2005 « Écrire la mer »

2004 « Traversé(e)s »

2003 « Pérégrinations »

2002 « La nouvelle »