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Confinement et boîtes

Claude VUARCHEX

Je veux bien que ça conserve, mais tels des sardines, nous restons toujours bouclés dans nos boîtes !… Même le hareng sort, c’est dire !

Située sur la colline face à l’église, une grande boîte, une demeure.

Dans un des compartiments de la grande boîte, appelé communément cuisine, d’autres boîtes, certaine verticale et froide ou d’autres, placards parfois munis de tiroirs, autres boîtes coulissantes.

Dans la cuisine, une grande cuillère un peu louche, un couteau guère économe, une râpe qui danse le hip-hop. Une chandelle brûlée par les deux bouts, deux bougies qui sont de mèche, un cierge qui n’a plus la flamme. Un jeu de dames apparemment en échec, des pions disséminés, présentant tous les symptômes du faux-jeton. Des cigarettes éparpillées jouant la filtre de l’air et qui devraient mettre le paquet sous peine de casser leur pipe, un cigare pour donner de l’entrain.

Un bol qui a du pot, un pot qui reste en carafe, des pichets un peu cruches, des écuelles pas dans leur assiette, des litres de vin qui ont de la bouteille, des bouteilles qui ont du culot, des fiasques en verre et contre tout qui se gaussent de deux gourdes qui étalent leur plastique, des verres qui veulent décrocher la timbale et des timbales au teint pâle qui veulent se mettre au vert.

Deux yaourts qui restent comme deux ronds de flan, trois paquets de farine qui ne se quittent pas d’une semoule, des muffins qui pleurent comme des madeleines, des madeleines qui partent en brioches.

Des navets qui en ont gros sur la patate, des échalotes en rang d’oignon, du poivre dont les plaisanteries ne manquent pas de sel. Un brocolis qui a fait chou blanc, une asperge qui fait le poireau, un potimarron qui a un cœur d’artichaut, un potiron qui a l’air courge, du beurre mis dans les épinards et qui en fait tout un fromage, les épinards qui racontent des salades, des griottes déconfites qui tentent de se refaire la cerise, des haricots qui filent comme des automates et des tomates à tire-larigot.

Des poires hautes comme trois pommes et qui restent sur leur soif, une pomme qui a la banane, des groseilles qui ont la pêche, des groseilles à maquereau qui donnent le ton, et ramènent leurs fraises mais en viennent à les sucrer. Une orange entre la poire et le fromage pour leur en boucher un coing, un citron pressé qui appuie sur le champignon et ne craint pas de tomber dans les pommes pour des prunes, des abricots mi-figue mi-raisin, des noisettes peu recommandables qui sont mises à l’amende et des amandes honorables.

Dans la chambre, on peut trouver d’autres boîtes, armoire ou commode.

Quand on ouvre la porte d’une de ces boîtes, on ne sait plus à quel cintre se vouer. Un imperméable qui n’en a rien à cirer, une pèlerine qui rit sous cape, un pardessus acheté sous le manteau, des gilets essoufflés à en perdre la laine, un chapeau qui aspire à avoir plusieurs casquettes et un bonnet qui leur tire son chapeau

A côté d’un coffre peu commode, une commode qui a du coffre. Sur des rayonnages, des maillots de corps qui portent la culotte, une veste que l’on peut aisément retourner, un corsage rapiécé battu à plate couture, des chemises ayant pris le pli et à ne pas oublier sur n’importe quel dossier, un édredon qui s’est fait plumer, une couette en détresse, un coussin d’outre-Rhin. Des bretelles qui se serrent la ceinture, un assortiment de mitaines et moufles élégant. Pour les jours de semaine un gilet sans manche, et un gilet pour dimanche.

Un bustier qui rit à gorge déployée, un soutien-gorge qui a la tête près du bonnet, des paires de bas qui ont le moral dans les chaussettes et des chaussettes au plus bas.

Une blouse qui a rendu son tablier. Une pelote qui a perdu le fil et fait une drôle de bobine, une bobine de fil qui a les nerfs en pelote

Dans un ca gi bi mis sur écoute par le FBI, des charentaises qui se traitent de vieux kroumirs au lieu de se tenir à carreau, des pantoufles un peu traîne-savates qui battent la semelle, des savates qui craignent que le bât blesse, des espadrilles de France à l’air spartiate, des tongs dont on ne peut se lasser, et des croquenots qui nous en mettent l’odeur à la babouche, des babouches qui ne font pas d’émules, des mules qui trouvent ça beau et des sabots qui se roulent des galoches.

Bref tout un ensemble pas très assuré qui boîte.

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