Vivi BERNARD
Ô pluies drues du printemps, pluies de métal, éclatez des nuages gris fer et lavez les lambeaux de ciel bleu, sortez enfin de vos longues querelles. Buvez le printemps dans les lilas aux violets divers. Apportez-nous leur odeur mouillée.
N’éternisez pas trop le petit « plop » de la gouttière dans le baquet de zinc au grenier.
Ô toi, pluie de mai, pleine de froid aigre, épargne les semis et les plantations.
Ô pluie de juin, épargne aussi de quelques heures les foins fraîchement coupés. Attends qu’ils soient chargés sur la charrette et rentrés dans la grange. Épargne aussi les moissons, le blé mûr à point essentiel à la fermière pour sa survie.
Ô douce pluie d’été, feutre les bruits, irise les lumières, rends les verts plus tendres et les fleurs plus éclatantes. Apporte-nous l’odeur de cette verdure amère comme la soie du coquelicot chiffonnée entre nos doigts. Ne lézarde que par quelques gouttes sur le pare-brise des voitures.
Ô pluie sur la peau écorchée d’un sol trop sec, exhale cette odeur particulière de la terre et infiltre ce pétrichor par le sang des pierres. Imbibe généreusement les racines des plantes.
Ô pluies de novembre, crevez en poches d’eau sur les champs d’herbes sauvages, déchaînez-vous en bourrasques emprisonnées trop longtemps. Que ne nous en parviennent que vos râles lointains.
Ô pluies qui menez à la saison froide, ne tambourinez pas, ne martelez pas, ne fouettez pas les carreaux. Tombez sans force au cours du long hiver. Ne cognez plus en rafales de petites gouttes dures.
Cesse de tomber pluie fine, continue, qui enveloppe de brume le paysage environnant, gomme les collines à l’horizon, supprime toute vie à l’extérieur. Perle en gouttes d’espoir, deviens petite pluie bienfaitrice, riche en promesses de traces de nez d’enfants sur les vitres dégoulinant de buée.
Calme ta rage, pluie impétueuse qui ravine la cour de la ferme, qui malmène le caniveau à tel point qu’il n’arrive plus à capter le trop plein.
Bruine persistante sur les immensités de l’Aubrac, reste accrochée en gouttes qui perlent aux cynorhodons ou sur le rose fripé de la fleur d’églantine. Ferme ton voile opaque qui enfouit la draille dans l’immensité grise.