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Avant, après

Denise SIBEUD

           Avant

Un coteau, inextricable, hostile, agressif avec ses ronces acérées, mordantes, elles rampent sur le sol et peuvent atteindre 5 à 6m de hauteur, elles enlacent les pieds des audacieux, quelques arbustes émergent, prunier sauvage duveteux, prunier épineux offrant leurs plosses, petits fruits violets, ronds, à déguster après les gelées, des acacias ruisselant de grappes de fleurs blanches, odorantes. Quelques passages dégagés par les chèvres des fermes voisines, la terre est piétinée, les buissons n’ont plus de baies. En haut du coteau, une plateforme avec des traces de fondations ébauchées puis abandonnées. Ce terrain est très accessible car il longe le tracé ( promis ) de la future route sur 30m environ avant de s’en éloigner en descendant et qu’il est orienté plein sud. Une seconde plateforme à mi-chemin, naturelle semble-t-il, bosselée, occupée par des cyprès, un sorbier, plusieurs acacias très gros et des herbes hautes, royaume des rampants, vipères et autres serpents, un peu inquiétants. Ensuite la pente s’adoucit, l’horizon s’élargit, le village apparaît au loin, s’étendant jusqu’au pied de la colline en face, parsemée de rares maisons. Dans la partie la plus basse, un pré à l’herbe grasse ayant servi de pâture, il accueille quelquefois des hordes de chevreuils, de sangliers fouillant profondément le sol avec leur groin, occasionnant des trous assez profonds et dangereux. Et, au loin, à l’ouest le Pilat, à l’est, en étirant le cou, le Mont Blanc.

           Après

Les vignes ont disparu, la route s’appellera bientôt « avenue Michet-Edouard Leclerc » enfin peut-être. Disparues les vaches laitières, les chèvres, remplacées par des chevaux se morfondant en attendant les cavaliers. Des deux côtés de la montée, une trentaine de maisons, des opulentes, des discrètes, différentes les unes des autres et non alignées, entourées de pelouses plus ou moins fleuries, tondues régulièrement surtout le samedi, gratifiées pour la plupart d’une piscine, sécurisées souvent par un portail électrique et une alarme. La taille des terrains a diminué  (inflation oblige). Au moins deux voitures par famille, circulation importante à laquelle s’ajoute celle des camions dont les dépôts se situent dans la zone industrielle côté nord. Eclairage public conséquent au grand dam du club d’astronomie installé au centre culturel et sportif, en bas du coteau, dont l’observation des étoiles est pénalisée par cette trop grande clarté. Depuis peu, le long de la route qui conduit au village, un skate-park est installé, il se remplit dès que la cloche des écoles a sonné la sortie. En 50 ans, les arbres ont poussé, leur feuillage estompe les maisons un peu trop près, atténue les sons. Les deux fermes ont disparu, les bâtiments réhabilités en appartements. La ville a éliminé la campagne. La population du village est passée de 1200 à 4300 habitants. Notre maison domine cet environnement. La nuit la colline « d’en face » scintille de mille lumières, au sommet, le château d’eau monte la garde en clignotant. Peu de circulation dans la soirée, un silence propice au scrabble sur la terrasse, au loin, le ronronnement des voitures sur l’autoroute du Soleil. Et toujours, le Pilat à l’ouest et le Mont Blanc à l’est.

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