Claude VUARCHEX
DEVANT le café fumant dans la tasse de porcelaine
DEVANT la forêt amazonienne qui se consume tranquillement
DEVANT le miroir un pauvre bougre au teint de cire qui sourit encore de temps en temps pour faire semblant
DEVANT un triste sire aux propos caustiques qui sourit, toujours pour faire semblant
DEVANT un meuble ancien qu’on encaustique
DEVANT un ancien aux tristes ires qui meuble le temps pour se faire briller
DEVANT un taon que l’on écrase en grande pompe
DEVANT le moustique qui profite de ce temps mort et disparaît aussitôt dans un espace plus sombre, fier de sa vilénie fraîchement accomplie
DEVANT ce pur-sang volatile qui sur nous se fait la dent
DEVANT des gamins rigolards aux sourires édentés, connus ni d’Eve ni d’Adam
DEVANT une pomme d’Adam surmontant un nœud papillon rouge tranchant sur une chemise blanche
DEVANT une lame acérée tranchant une carotide gaillardement
DEVANT un papillon qui a quitté Adam
DEVANT des barbus se gaussant à gorge déployée près de leurs victimes égorgées
DEVANT un soleil qui joue dans les feuillages ocrés ou carminés
DEVANT l’arc-en-ciel qui se dilue avant qu’on l’imprime durablement sur sa rétine
DEVANT des gueux agenouillés en attente de leur sort
DEVANT dans la file d’attente
DEVANT une vie qui perd le fil
DEVANT quelques cheveux enneigés épars sur un fauteuil roulant vide où plus personne ne dort
DEVANT le brouillard qui tombe sur les feuilles d’or
DEVANT la feuille blanche qui a jeté l’encre
DEVANT l’encre noire qui est dure de la feuille
DEVANT des mots et des phrases qui ne veulent rien savoir, sur une feuille, un texte qui tourne court
DEVANT un fleuve dont on ne remonte jamais le cours démentiel
DEVANT des nues harcelées qui s’enfuient dans un ciel désemparé
DEVANT une ville sans ciel un regard appuyé sur une pelle
DEVANT une pelle qui rechigne à aller à la tâche
DEVANT une belle qui rechigne à aller à la tâche
DEVANT une tache qui rechigne à partir d’une nappe
DEVANT une nappe couverte de miettes de pain
DEVANT des mômes qui quémandent une bouchée de pain
DEVANT des miettes d’un pain qui aurait pu rassasier
DEVANT le calepin dans les mains de la boulangère
DEVANT un pain que le mitron retire du four
DEVANT les briques réfractaires chauffées dans le four
DEVANT la femme du boulanger plus réfractaire à son mari qu’au berger de la campagne proche
DEVANT un boulanger fort marri de la disparition de sa mie
DEVANT un village orphelin de son boulanger et qui ne peut plus casser la croûte
DEVANT une croûte qui n’enrichira pas le peintre
DEVANT le peintre qui s’emmêle les pinceaux
DEVANT un pain sot conséquence d’une mie volage
DEVANT un boulanger moulé dans un Marcel qui chasse de sa farine un camPagnol
DEVANT un ordinateur empêtré d’une souris indocile
DEVANT un berger qui a cru en son étoile pour partir avec la souris du boulanger
DEVANT une étoile jaune cousue sur une veste
DEVANT des rails et des wagons chargés de gens qui ne croient plus en leur étoile
DEVANT un monde qui déraille