« Photo de classe du certif »

Alberta

Ils sont une trentaine sur la photo, répartis en trois rangs, les plus grands debout, les petits assis devant avec le Maître et les premiers de la classe. Culottes courtes, genoux couronnés, chaussettes bien tirées ou tirebouchonnées. Lui et son copain sont les seuls à arborer de superbes bottines à bouts ferrés. Les autres sont en galoches ou en sabots.

C’est la classe de M. Billy, la classe du « certif » ! Son instituteur avait coutume de dire qu’il n’avait qu’un élève et demi. L’élève en question c’était Lui. Il fut reçu premier du canton au certificat d’études. Et le demi c’était son copain Marcel.

En quelle année avait-il passé cet examen ? Voyons, aucune date au dos de la photo mais — si ma mémoire est exacte — le certificat d’études se passait à 14 ans. Cela se situerait donc en 1934. C’est cela. Le Maître d’école arbore une chaîne de montre sur le gilet. La montre gousset est glissée dans la poche de poitrine. Les enfants portent des tabliers plissés, en lustrine noire, ceinturés à la taille, l’empiècement et le col sont bordés d’un liséré rouge. Cela ne se remarque pas sur le cliché noir et blanc mais j’ai moi-même porté un tablier semblable dans les années 39-40.

La photo de classe traditionnelle est l’évènement de la rentrée. Le photographe installe dans la cour ou dans une salle, la boîte d’où doit sortir « un petit oiseau ». Elle est fixée sur un trépied. Il la recouvre d’un drap noir, règle l’objectif, passe derrière et glisse la tête sous un drap. Puis il réapparait tout ébouriffé pour rectifier la position de l’un ou de l’autre, retourne à son appareil, disparaît à nouveau sous la toile, interpelle un enfant, agite l’un de ses bras tel un sémaphore : « Toi, oui toi, rapproche-toi de ton voisin, un peu à droite, voilà. Ouvrez les yeux, souriez, attention… Ne bougez plus ! » Clac ! Il appuie sur le déclic.

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