« Même les nuages prennent la forme de son visage »

Christian COMARD
? ? Dans la chambre de maman et papa, autour de maman assise dans son lit, nous soufflons des bougies d’anniversaire. Sur la maladie en route. Par la fenêtre, les premières fleurs du cerisier. Des nuages blancs, ronds, sans rides, aux yeux noirs de détermination. Dans le jardin de maman et papa, autour de maman assise sur un transat renforcé de mousse, je cherche la maladie. Les roses éclatent de couleurs et d’odeurs, de jeunes mouches narguent le printemps. Au-dessus de moi, le ciel est bleu, presque lavande. Petites fumerolles ouatées à haute altitude, un ciel étrange. Dans le village où habitent maman et papa, nous soutenons maman qui a tant voulu promener dans le hameau. Maman tricote sa marche par les ruelles du village. Elle tremble à chaque pas. Á l’ouest, une prolifération de nuages, montant de la vallée. Ils enflent. Dans la chambre d’hôpital où maman est couchée, papa nous attend. Il y a un petit poste de radio inutilisé, des fraises des bois et des marguerites du jardin. Maman demande à se lever. Elle pense se préparer pour le repas du soir. Maman zappe le temps. En début d’après-midi, par la baie vitrée, les collines mâconnaises, des hirondelles en chasse sur les vignes. Le vent ballote les nuages gris blanc, un tournis. Dans le bureau du médecin de l’hôpital où l’on soigne maman, nous accompagnons papa. Un bouquet de fleurs des champs est posé sur le verre d’une table basse. Alors docteur, combien de temps ? On ne voit pas les nuages, ni le soleil, ni la lumière du jour. Néon pour tous. Dans la petite chambre de clinique où maman se repose, il y a des dessins d’enfants, des poèmes, des cartes postales, des dahlias du jardin de maman et papa. Une compote non entamée. Maman est allongée sur un lit ergonomique que papa manipule. Maman parle faible. Par la fenêtre de la petite chambre, des familles se pressent vers l’entrée. Dimanche. Une chape de nuages gris siphonne l’air. Dans la petite chambre de clinique vers laquelle papa se rend tous les jours, il y a un fauteuil sur lequel papa s’assoupit. Maman ne parle presque plus. Maquillée, épilée, coiffée, elle écoute notre lecture de textes qu’elle a écrits, qu’elle aime. Nous caressons sa main. Par la fenêtre de la petite chambre, des nuages gris noir s’entrouvrent sur un sourire de lumière. Dans la petite chambre de la clinique où je me rends seul, les infirmières ont refait le lit de maman. Elles s’effacent pour me laisser seul avec maman. Sur la table de nuit, des fleurs du jardin de maman et papa. La pompe à oxygène est débranchée. Maman a le front tiède, le visage détendu, la peau douce et fine. Les rideaux de la fenêtre sont baissés. Il fait nuit. Dans la voiture où je vais rejoindre papa dans la maison de maman et papa, par-delà le pare-brise, le vent de la saint Gérard dégage les nuages, lustre la lune. Une lune aux cheveux châtain clair, aux yeux marron. Un sourire reconnaissant du passage, aux lèvres, des mots de paix.

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