« L’arbre vieille femme »

Raphaëlle RAAB
Depuis cent ans qu’il se dressait devant Ils avaient fini par s’ ressembler Il s’était fabriqué des rameaux fins Comme des doigts de prestidigitateur Car elle était magicienne, la vieille Un peu sorcière aussi Disait-on au village Il s’était fabriqué Une écorce toute ridée Juste pour la consoler D’être devenue vieille Et depuis quelques années On le trouvait voûté Ses branches se penchaient Au-dessus de la petite cour Et au printemps Il essayait encore De se gonfler de fleurs Parce que, vous comprenez, la vieille Elle pouvait plus jardiner Mais elle aimait les fleurs Alors il faisait beaucoup d’efforts Seulement avec le temps Elle s’était fait un cœur Tout sec, la vieille Un cœur tellement triste Et l’arbre s’en sentait Tout vermoulu Pourtant il aurait bien voulu Lui rappeler leur belle jeunesse Quand elle écrivait ses p’tits billets d’amour Sous son feuillage, et à ses pieds Mais bon, jamais pour lui Alors toute sa vie Depuis cent ans maintenant Ce qui est beaucoup de temps Il n’avait jamais cessé d’la regarder Et puis quand elle est partie L’arbre s’est tell’ment rabougri Qu’on l’a appelé l’arbre vieille femme.

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