« La grande route »

Catherine CHION

Cotonou Parakou, environ 400 kms sur un axe nord sud. Vous emprunterez une large route le plus souvent goudronnée, parsemée d’ornières et de troncs d’arbres installés en travers par les villageois, soucieux de ralentir la vitesse des véhicules. Vous côtoierez de grands camions en transit pour les pays voisins, des mobylettes antiques emportant des familles nombreuses, des 404 dégingandées, bringuebalantes, toutes sortes de véhicules engorgés, rapiécés et bondés.

De part et d’autre de la route, vous regarderez les villages qui s’enfoncent dans la brousse, les maisons rectangulaires en briques de terre crue, les greniers à céréales, les toits couverts de tôles ondulées ou de végétaux séchés, de grands arbres à l’ombre épaisse.

Pour le bonheur des yeux, en cette saison des pluies, la terre ocre rouge jouera avec les nuances vert cru de la végétation. Vous ne connaîtrez quasiment aucun arbre si ce n’est la silhouette élancée du mythique baobab.

La foule en boubous colorés vaquera à ses occupations, marchands de fruits et de légumes, d’arachides, fabricants de canapés et de cercueils, maquis, boutiques de coutures, de coiffures, vendeurs d’essence. Emmanuel, le chauffeur de votre bus, évitera d’un habile coup de volant la collision fatale à quelques chèvres naines. Vous tacherez de vous habituer aux rires étonnés ou aux pleurs terrifiés de certains petits enfants qui n’ont jamais vu d’humains à la peau claire.

Il y aura des « Yovos » à la volée, ce qui signifie « blancs ». Vous vous sentirez très pâles.

Dans le bus d’Emmanuel, les fenêtres seront grandes ouvertes. Il faudra contracter un peu les muscles et ne pas trop vous assoupir afin d’éviter le coup du lapin ou de vous démettre les vertèbres, pas d’appuie-tête ni de ceinture de sécurité.

Vous vous accommoderez des remontées d’essence du moteur et vous demeurerez paisibles entre les mains de votre émérite chauffeur.

Parfois le bus stoppera pour une pose pipi. Certains hommes, béninois, s’accroupiront au bord de la route. Les femmes descendront le talus instable pour rejoindre courageusement les fourrés mystérieux. Vous prendrez garde à ne pas utiliser les feuilles prises au hasard, épaisses, piquantes, abrasives, étonnantes.

Peut-être voyagerez-vous sans bagage si la compagnie aérienne les a perdus. Vous ne craindrez pas cette expérience à priori déroutante. L’immersion dans cette nouvelle vie n’en sera que plus efficace.

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