« L’île en moi »

Françoise SCOHY

La vie saumâtre se rit de nos efforts.
Frémissure des mots,
Le vent tourmente
L’obliquité de l’âme.
Dans l’île qui me ressemble, il y a de la brume, le matin sur la plage. Le contour est net dans la lumière du soir. La plage est en contrebas, ombragée de palétuviers. Un chemin grimpe, par larges marches de pierres ocre rouge, au plateau de végétation où j’ai installé ma maison d’été.
Ouverte sur un patio, chaque pièce a vue sur la mer par-dessus les arbres et sur le bassin aux poissons rouges. Une grande bande d’arums blancs, côté chambre. Vignes et liserons roses, côté pièce à vivre.
Au centre du village, sur un pic de roche blanche, ma maison d’hiver, tournée sur la place, au-dessus du port. C’est là que j’ai installé ma bibliothèque : accessible dans la petite pièce ronde sous le toit, au centre, des rayons qui se déroulent et s’enfoncent profonds dans le roc. Au printemps, j’aime passer mes journées à la pointe de l’île, au milieu des bruyères et des ajoncs. Un bâtiment de ferme tout en longueur. C’est l’atelier pour les compositions artistiques éphémères. Seuls les très proches en ont la clé. Derrière, un petit jardin expérimental, pour aromates de cuisine.
L’endroit est loin des passages obligés. Une petite barque à fond plat va chercher les passagers au ponton, devant la rade. Le port étant réservé aux petits bateaux de grands voyageurs. Ceux qui habitent l’île, recherchent cet espace douillet et tranquille, pas trop loin du continent, suffisamment dépaysant pour une pause, au carrefour. Pas d’orage violent. Pas de tempête vitupérante. Juste entre la plage et le port, les rochers où l’on envoie se briser les vagues mugissantes.
Spectacle exaltant au demeurant.
L’objet le plus curieux de l’île, dont on parle beaucoup – que peu connaissent – c’est la Salle des Cristaux. Une salle octogonale aux parois de cristaux taillés en prisme oblique, comme des orgues, laissant passer les lumières du soleil et de la mer, et une musique très particulière, aux mystérieuses propriétés apaisantes.
C’est dans cette île, que j’aime me retrouver.

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