« Immersion en village berbère »

Denise SIBEUD

L’ascension du col de Tizi-n-Aït Imi (2.900m) éprouve nos mollets durcis par trois jours de marche. Au col, Mustapha et Ahmed, les muletiers, nous accueillent avec un thé à la menthe saturé de sucre et réconfortant. Nous le savourons dans un décor minéral et grandiose de roches rouges. Le ciel arbore un bleu implacable. Quelques minutes de repos et nous descendons vers le campement proche. Au milieu d’une étendue aride, ponctuée de quelques murs de pierres sèches, se dresse la grande tente berbère et le pain cuit déjà sur le foyer improvisé, dégageant une odeur alléchante.
LE-BON-HEUR !
Mais… qu’est-ce que l’on voit bouger brusquement tout autour de nous ? Horreur et calamité ! Des rats – des champs certes, mais des rats quand même – sortent de leurs terriers et trottinent tranquillement, vaquant à leurs occupations, sans se soucier de nous. Une multitude de rats !
—Ils ne vous feront aucun mal, ils rentreront chez eux dès la nuit tombée, rassurent le guide et les muletiers.
Marie-José et moi protestons qu’en aucun cas nous ne dormirons sous une tente ouverte aux quatre vents.
Résignés, nos accompagnateurs installent, pour nous deux, une tente igloo hermétique (nous ne sommes donc pas les premières à rouspéter !) Nos compagnons de randonnée se moquent ouvertement.
Le lendemain, nous croisons des caravanes de bédouins qui nous invitent à déguster un… thé à la menthe. Ils demandent des médicaments. Marie-Agnès, randonneuse expérimentée, instille du collyre dans les yeux des enfants, offre de l’aspirine, du sirop pour la toux. Moment de rencontre, exceptionnel.
Plus avant, d’autres nomades. Notre guide, Lahoucine, nous laisse aller seuls à leur rencontre. À notre retour, Lahoucine, pressé de questions nous confie que, dans cette tribu, vit la femme qu’il aime. Il n’a pas pu l’épouser par obéissance à sa famille qui avait « arrangé » un mariage avec une autre. Blessure qui ne cicatrisera jamais.
Au fur et à mesure du voyage, nous accumulons les images. Les maisons en briques crues, rouges, se fondant au paysage. Sur les cheminées, les énormes nids de cigognes. La vallée, large, ouverte, où une bande de terre cultivée, très verte, encadrant un cours d’eau et des canaux d’irrigation, contraste fortement avec les versants rouges, caillouteux, dépourvus de végétation. Le gîte sommaire d’Aït-Ayoub tenu par Lahoucine et son épouse, accueillant et chaleureux. Et les femmes travaillant sans relâche, allant puiser l’eau, portant des fagots, cuisinant dans l’inconfort total, surveillant les enfants, les chèvres, les ânes.

Immersion étonnante, enrichissante, mêlant la satisfaction de l’effort et l’approche d’hommes et de femmes aux conditions de vie difficiles et cependant si gais, hospitaliers, si attachants.
C’était au mois de septembre 1998, au siècle dernier donc !

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