« Le chagrin de l’enfant au béton »

Françoise SAUZET

On m’a grondé. J’ai du chagrin. Me faire gronder me surprend toujours.
Je suis au jardin. Toute seule avec mon chagrin. On est deux en somme. Je le sens bien. Et même plus peut-être, parce que dans ma tête qui pleure il y a aussi quelqu’un qui pense que ce n’est pas juste de me gronder ainsi.

Ca sent la glycine. C’est une odeur que j’aime, elle me tient compagnie. Je suis assise par terre, sur le béton moucheté de taches de mousse de la terrasse dont la tiédeur est douce à mes cuisses nues. J’ai quatre ans. Je renifle. J’hésite à bouder. Je n’ose pas.

Ma solitude me fait mal.

Et puis mes mains potelées tripotent les graviers clairs, en jettent quelques-uns au hasard. Le hasard attrape mon regard et il se plante dans une petite touffe d’herbe tendre perçant entre le mur et la dalle. Et ces brins verts me donnent envie de pleurer plus loin dans mon cœur et de ne plus jamais pleurer du tout dans le même temps. Douceur résistante. Résistance douce.

Quand j’entends la porte vitrée de la cuisine et les pas de ma mère, me vient une fébrilité apeurée que je cache de mon mieux et c’est dans la petite touffe d’herbe tendre que je trouve le courage d’être son enfant, à cet instant précis. C’est aussi à cette herbe folle que je confie ma petite voix.

En douce