Stage 2011 « Récit(s) de vie »

Fin juillet. Il pleut, il vente, il grisaille. Dans la grange à la longue table, près du  poêle ronronnant, neuf personnes, écrivent, lisent, récrivent, relisent. Neuf stagiaires au silence profond, à l’écoute exigeante.

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Claudine Genet :

Mousse au chocolat

Une fois arrivée à la maison de ses grands-parents, Lisbeth ouvre tous les volets et laisse quelques fenêtres ouvertes pour chasser le temps accumulé entre ses murs depuis leurs décès. Ensuite elle va dans la cuisine, avec l’espoir de se faire une tasse de thé. Il faut d’abord qu’elle mette la main sur la boule à thé de Grand’mère.

Elle contourne la table en bois toujours aussi vaillante avec ses cicatrices, taches et entailles, marquée par le temps passé à préparer des repas. Elle s’approche du grand buffet, les trois portes du haut séparées par deux niches des trois portes du bas. Un vrai et bon buffet regorgeant de vaisselle et d’objets insolites, capables de répondre à toutes les demandes d’une cuisinière avertie.
Trois tiroirs, un grand au milieu. Elle cherche simplement la boule à thé, elle sait qu’il y en a une.

Lisbeth ouvre le tiroir de droite. Il est rempli de livres et feuilles, des recettes de cuisine, découpées dans des magazines, recopiées avec une écriture appliquée. Elle lit les titres les uns après les autres. Elle s’arrête sur « Mousse au chocolat », pose les autres sur la table et s’assied sur une des chaises en bois.

« Mousse au chocolat ». Une odeur de chocolat fondu flotte déjà dans la cuisine.
Cette mousse si moelleuse, si légère et, pourtant, une fois en bouche, si forte et intense. À peine avalée une cuillerée, l’envie immédiat de recommencer jusqu’à ce que le ramequin soit vide, obliger de s’arrêter, de poser la cuillère. À ce moment-là seulement, une lourdeur du côté de l’estomac rappelle l’inconvénient d’être si gourmande. La prochaine fois… pas besoin de promesse, cela se passera de la même façon, le plaisir restera intact.

Un souvenir, un instant, un délicieux bonheur lié à Grand’mère. Elle lui a appris à faire cette mousse en lui laissant racler et même lécher les plats et ustensiles qui lui servaient à la préparer. Chocolat noir fondu encore trop chaud, blancs d’œufs en neige si légers et fades. Il y avait surtout le denier saladier dont le contenu, bien raclé à la grande cuillère, remplissait les ramequins. Sa petite cuillère arrivait quand même à retirer suffisamment de mousse pour se sentir de connivence avec la cuisinière avec qui elle finissait par laver cette vaisselle dans l’évier, montée sur un tabouret.

Un peu écœurée, Lisbeth range les recettes, oublie le thé. Elle a besoin de prendre l’air, elle sort dans le jardin.

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