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Poète pour aujourd’hui


Lionel RAY

Seconde après seconde le soleil
entre dans la chambre, il est venu
de la proche montagne, a traversé
l’écroulement silencieux des nuages

Puis l’haleine de la clarté toucha
les toits et les vitres, et de mouvantes
géométries sont apparues sur la table
et le papier, cheminant entre les doigts.

Entre les mots, dans les zones indécises
du silence, et tu te demandais
si cela qui vibre sur la page était

Du temps, un temps très ancien,
visiteur furtif qui approche à pas feutrés
puis disparaît sans écho.


article tiré du site « La République des Lettres »

Lionel Ray : « Comme un château défait »
Par Jacques Ancet / La République des Lettres, mardi 01 mars 1994.
« Rien ne me fascine autant que ce qui se défait », avouait, il y a dix ans, Lionel Ray dans Nuages, nuit. Dans le prolongement de Une sorte de ciel, son livre précédent, Comme un château défait témoigne aujourd’hui, jusque dans son titre et à sa manière, de cette obsédante fascination :
tu es sur le chemin dont nul n’est revenu,c’est ton tour, c’est le vieillissement, l’illisible dieu interroge sous le masque.
À sa manière. Car la maîtrise encore affirmée avec éclat dans Une sorte de ciel, sans disparaître, tend vers un dépouillement qui rend d’autant plus poignant ce murmure discret des poèmes où vient parfois se prendre le non visible, ce passage qui nous fait et nous défait et ne peut s’incarner que dans l’entre-deux d’une parole de lisières. Ou, mieux, dans ce deux-entre-trois (une strophe de deux vers prise entre deux strophes de trois vers), « dispositif simple (é) mariant le pair à l’impair, jouant sur les marges et les interstices » (comme le qualifie l’épilogue du livre), qui dessine typographiquement sur la page ce battement des contraires sur le fil duquel se tient la vie et ce vacillement de parole qui, pour Lionel Ray, est ici la poésie. Oui : cela vient, cela s’en va et, le temps d’une césure – de deux vers brefs -, quelque chose demeure pourtant, cette trace infime comme un passage d’ailes fugaces que laissent les noms avant de disparaître :
_ Ils sont apparus, ils ont disparu.
Reste une vibration, un vol
d’oiseaux pathétique dans le ciel constant


Deux lieux à découvrir à Lyon


La Scène Poétique à la Bibliothèque de la Part-Dieu.
Prochaine scène poétique : mercredi 15 décembre à 18h30. Entrée libre.
Bernard Noël & Charles Juliet
bm-lyon, rubrique « Découvertes ».

Le Cabaret Poétique au Périscope
houdaer.hautetfort


Découverte d’un poète


Sylvette Simon est née à Albi. Malgré un indéfectible attachement à sa terre natale, elle aime la région lyonnaise. Les collines de Chaponnay – où elle réside- n’ont plus de secrets pour elle qui aime tant marcher dans la nature.
Cette enseignante à la retraite a d’autres passions : l’écriture et la poésie… passions qu’elle cultive à l’atelier de l’Arabesque de Saint-Just Chaleyssin. Quand elle exerçait, elle avait eu à cœur de transmettre l’amour de la poésie à ses petits du CP et des prix avaient récompensé leur jeune talent, notamment ceux attribués par la Société des Poètes et Artistes de France.

La grue

Sur le stade,
le camion arrive
et sa grue rouillée
soulève un long paquet
noir
très noir
et la grue soulève le paquet
lentement
très lentement
et très lentement
le paquet
se déplie
se redresse…
et l’enfer apparaît sur terre !
Le paquet a une tête
aux yeux bandés,
aux lèvres jeunes et amères.
Le paquet, c’est un corps !
un corps que l’on pend
que l’on pend sur le stade
que l’on pend
dans son sarcophage d’étoffe
et qui maintenant
se balance
se balance
se balance …
Afghane martyre,
j’espère ardemment
qu’avant de mourir
tu as maudit
tes bourreaux
les talibans
et que l’écho de tes cris
transpercera
de toutes parts
cette planète barbare !


Lettre à mes petits-enfants

Quand je pense à vous,
Mes petits bonheurs,
Une brassée de papillons butine mon cœur.

Vos gestes, vos sourires, vos baisers
Ont trouvé le chemin secret de mon âme
Et ces phares de tendresse
Resteront pour toujours allumés
Devant la mer de ma vieillesse.
Vos minuscules vies me fascinent
Et comme une aquarelle
Que l’on aime passionnément,
Elles réveillent en moi des choses douces.
Alors que la gaze du temps s’effiloche
Sur le sol épineux de l’existence,
Vous m’empêchez de me résigner,
… De compter les toiles de soie
Qui ondulent au coin des lucarnes
… De contempler avec trop de nostalgie
Cette jeune fille qui s’avance là-bas,
Belle comme une amphore
Dans sa longue robe d’été.
Vos gazouillis sont frais
Comme les chants des oiseaux
Qui brodent finement l’aurore
Derrière les volets clos.
Parfois, quand on rêve ou voyage,
On songe aux vies que l’on aurait pu avoir,
À l’Autre que l’on aurait pu devenir …
Mais finies ces vaines chimères
Puisque dans ces vies-là, vous n’existez pas !
Quand vous gambadez devant moi,
Vous vous retournez souvent
Pour vérifier si je suis bien là
Et votre regard est si confiant alors
Que je voudrais vivre longtemps
Pour être près de vous quand vous serez grands
Et que vous vous retournerez encore …

Quand je pense à vous,
Mes petits bonheurs,
Une brassée de papillons butine mon cœur.


LA PHOTO


,

Petite fille inconnue – toi qui fus moi -
Avec tes boucles sur l’épaule
Ta courte jupe à carreaux
Et tes ballerines vernies
Donne un coup de talon
Au fond de l’abysse du temps
Et reviens me bercer…
Reviens me bercer…
Reviens me bercer…

Tu me délesteras de tout ce que j’ai appris
Depuis que j’ai quitté ton pays d’or gris
Tu effeuilleras la marguerite de mes tourments
Et j’oublierai les douleurs du monde.

Pendant que mes yeux éperdus
Rêvent de percer la photo dentelée
Pour m’enivrer de ton innocence
Et réintégrer ton timide sourire
Ecoute ma confidence :
Le bourgeon qui rosissait
Dans ton âme naïve a éclos.
C’est une douce fleur
Qui couvre mon cœur
Et parfume ma vie :
C’est l’Amour
Ma lumière, mon credo
Et de ce cadeau je te remercie.

Petite fille inconnue -toi qui fus moi-
Reviens me bercer…
Mais non, non !
Ne t’approche plus
De celle que tu es devenue
Et ne reviens jamais !
Ne reviens jamais !
Ne reviens jamais !

Bientôt
Je ne saurai plus qui tu es.