Chansons écrites en atelier

LE TESTAMOUR, Martine Jacquemier

J’ai laissé en passant quelques mots sur le mur.
J’ai laissé en dansant de joyeuses figures.
En peignant, enfantant, j’ai débordé d’amour.
Je suis partie très loin, mais pour mieux revenir.
J’ai laissé mes enfants prendre mon avenir.

Peut-être aurais-je pu ? Peut-être aurai-je dû ?
Une oeuvre accomplir pour embellir le monde.
Peut-être aurais-je pu, mais je n’y ai pas cru.

J’ai laissé en passant quelques toiles sur les murs.
Des forêts, des chemins, et des soleils couchants.
En marchant, jardinant, j’ai accueilli mes morts.
J’ai aimé près de moi, j’ai préféré les miens.
J’ai laissé le quotidien enraciner mes chants.

Peut-être aurais-je dû ? Peut-être aurai-je pu ?
Une œuvre accomplir pour embellir le monde.
Peut-être aurai-je pu, mais je n’y ai pas cru.


La place n’est pas bonne, Martine Jacquemier

La place n’est pas bonne.
La chambre n’est pas grande.
Sous le dessus de lit chenille,
Il se recroqueville.
La fenêtre donne sur le parking,
Laisse passer l’air de la ville.
Ça sert à rien qu’il rouspète,
Il est en maison de retraite.

La place n’est pas bonne.
Plus de maison, plus de jardin.
Il ne lui reste que son chagrin.

Sur sa tablette,
Un bol.
Flotte dedans beurre et biscottes.
Ça lui fout les chocottes.
Et tremble la cuillère à soupe.
Une cuillère pour survivre.
Une autre pour souffrir.

La place n’est pas bonne.
Lui qui rêve de café et de tarte aux pommes.

Il est nu sur sa chaise.
Les fils nylon s’impriment sur ses fesses.
Elle l’arrose comme une plante sale.
Il grogne, elle le frotte à l’eau de cologne.
Elle l’installe à côté du placard.
Il a le cafard.

La place n’est pas bonne.
Lui qui aime les bains de mousse,
Les serviettes chaudes et douces.

Il regarde, dans leurs fauteuils roulants,
Leur couche, leur bas à varice.
Les vieilles sourirent avec malice.
Elles cherchent leur chez elle, la sortie.
L’issue de secours, ce n’est pas pour elles.
Seule la mort les aidera à déployer leurs ailes.

La place n’est pas bonne.
Lui qui pense à sa femme, sa mère.
Il partage leur misère.
Ça sert à rien qu’il rouspète.
Il est en maison de retraite.


P’TITE SOEUR, Jacqueline Moulin,

Je suis partie ce matin de bonne heure,
D’une caresse j’ai défroissé ton visage,
J’ai refermé la porte avec lenteur
Sur notre vie et son carnage

J’ai laissé en passant quelques mots sur le mur
Des mots-soleil au crayon d’azur
Des mots-nuage au crayon enchanteur
Pour toi p’tite sœur

Quand tu sortiras de ta nuit et ses abysses
Il faudra que tu sois forte,
J‘aurai brisé la bulle protectrice
Tu seras une poignée sans porte.

J’ai laissé en passant quelques mots sur le mur,
Des mots- velours pour soigner tes blessures
Des mots-bouquet pour immortaliser mon odeur
Pour toi p’tite sœur

Toi, moi, nous, la vie qui se dessine
Toi, la moitié de moi, depuis toujours,
Toi, moi et cet intrus qui m’assassine,
Et m’emporte pour un aller sans retour.

J’ai laissé en partant quelques mots sur le mur
Des mots mélodie pour accompagner ton futur
Des mots-poussière pour éparpiller ta douleur
Pour toi p’tite sœur
Pour toi p’tite sœur


L’INDIFFERENCE, Sylvette Simon

Les poings se tendent
Les pancartes se lèvent
Les bouches réclament

Ce vacarme, l’entendez-vous ?

Le voisin hurle
Sa femme pleure
Les coups pleuvent

Ce vacarme, l’entendez-vous ?

Le grand malade râle
L’enfant martyre crie
Les vieux très seuls supplient

Ce vacarme, l’entendez-vous ?

Le ciel se fend et foudroie
La terre tremble et tue
Le tsunami roule et noie

Ce vacarme, l’entendez-vous ?

Et toi
L’entends-tu dans le passage souterrain
Où tu grelottes sous ta couverture ?
A plein goulot
Tu bois ta mort,
Tu griffes le mur
Et, sur le salpêtre,
Tu as écris le mot
……… rien


LA FEE A DISPARU, Sylvette Simon

Pendant que la dernière fée cherche sa baguette magique
Toi, la femme aux yeux de bleuet
Tu as décoré un sapin de Noël
Qui fait dégringoler les cœurs
Avec sa branche mitée, ses étoiles pas belles…
Les dédaigneux, allez ricaner ailleurs !

Pendant que la dernière fée cherche sa baguette magique
Toi, la femme aux yeux de bleuet
Tu as caché sous tes manches
Des bracelets d’ivoire blême
Sculptés dans ta chair par toi-même…
Soyez maudits cadeaux de l’enfer !

Pendant que la dernière fée cherche sa baguette magique
Toi, la femme aux yeux de bleuet
Tu titubes vers le point de non-retour
Sur l’odieux chemin de ton destin
Avec ton corps qui n’a plus de contours
Avec ton visage qui n’est plus le tien.

Dernière fée, va au diable !
Tu n’as pas trouvé ta baguette magique
Et les bleuets sont morts.