Textes de 2017


« MA VOISINE »
« JOUR DE MARCHÉ »
de Marie COMARD-RENTZ

« LA GRUE »
« AU GRÉ DE MES RÊVES »
de Sylvette SIMON

« AUTOPORTRAIT BLEU CRAQUELÉ »
de Marie-Pierre STEVANT-LAUTIER

« PLAN RAPPROCHÉ POUR UNE RENCONTRE »
de Pierre PANISSET

« AUTOPORTRAIT »
de Emmanuelle GINESTE

« AUTOPORTRAIT »
de Paule GAILLARD

« MANIÈRE D’AUTOPORTRAIT »
de Sylvie MACQUAIRE


« MA VOISINE »
de Marie COMARD-RENTZ

 
7h03              le pioupiou artificiel des oiseaux

7h25              le dernier cri des oiseaux

7h26              le miaulement du chat

7h27              les gargouillis de la chaudière

7h34              le souffle du sèche-cheveux

7h38              le clac des portes du placard

7h42              le sifflement de la bouilloire

7h45              il est 7h45, le journal Alain Martin

7h49              le cliquetis des couverts

7h51              le grondement de la brosse à dents électrique

7h54              le clapotis de la chasse d’eau

7h56              le claquement de la porte

17h59             le miaulement du chat

18h01             le clic de la serrure

18h02             le ronronnement du chat

18h05             allo maman c’est moi

19h14             le plop du bouchon

19h16             le bing du micro-ondes

19h17             quand tes cheveux s’étalent, comme un soleil d’été…

19h48             le ronflement du lave-linge

20h00             Madame Monsieur bonsoir

22h43             la musique du générique de fin

23h07             la vibration du sms

23h09             l’étouffage des larmes

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« JOUR DE MARCHÉ »
de Marie COMARD-RENTZ

 
C’est jour de marché.

Tu vois des fesses en jean, en short… des fesses de toutes tailles, de toutes formes. C’est marrant les fesses.

Tu vois les jambes qui descendent des fesses, des jambes nues, bronzées, poilues, des jambes avec des pieds en sandales, aux ongles vernis, en tongs flap flap flap.

Tu vois les fesses de ta maman, surtout, ne pas les perdre de vue.

D’un stand à l’autre, tu entends les compliments – ah qu’elle est mignonne !, les offres imbattables – deux melons pour le prix d’un –, le chien qui aboie.

Peureuse, tu ne regardes pas dans sa direction.

Il y a peu de place pour circuler, les paniers frottent ta peau, le soleil la caresse, la main de maman est moite.

Tu respires les poulets rôtis, les fromages, les fraises, tu te bouches le nez chez le poissonnier.

Enfin enfin, le stand de bonbons. Sur la pointe des pieds, tu tends la main, Medhi sait. Une fraise tagada, vite, dans la bouche, c’est mou, ça pique, ça fond et tu auras la langue toute rouge, ça fera rire ton petit frère.

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« LA GRUE »
de Sylvette SIMON

 

Sur le stade,
Le camion se gare
Et sa grue rouillée
Soulève un long paquet
Noir
Très noir
Et lentement
Très lentement
Le paquet
Se déplie
Se redresse…
Et l’enfer explose sur terre!
Au bout du paquet
Il y a une tête aux yeux bandés,
Aux lèvres amères
Et ce paquet,
C’est un jeune corps
Un corps que l’on pend,
Que l’on pend sur le stade,
Que l’on pend
Dans un sarcophage de tissu
Et qui maintenant
Se balance
.           Se balance
.                          Se balance…

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« AU GRÉ DE MES RÊVES »
de Sylvette Simon

Je suis seule dans des lieux nus

Seule sur les monts violets

La tête dans la lune

La lune dans les yeux

Les veines gorgées d’écume de lis

Et le cœur de coquelicot toquant dans sa cage­

Narquois

 

Les ailes de soie des papillons de ma mémoire

Sans cesse diffusent souvenirs et vibrations

 

Dans un grand vent sauvage

Je bois aux lèvres dures des sources

Je cueille l’âme des paysages

Je croque les perles de la grenade des couchants

 

Et je rêve

 

Je rêve de voir jaillir ma divine étincelle

D’écrire des vers

Puissants  Baroques  Originaux

 

Je rêve d’une mort cosmique

Peut-être disparaître

Sous l’écorce burinée d’un chêne

Ou enfouir mon corps

Dans l’humus à l’arôme fauve

Puis dans les cendres millénaires

Cachant le ténébreux tombeau

 

Ainsi va ma vie que passionnément

J’étreins

et respire

Comme du lilas           avant qu’il ne fane

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AUTOPORTRAIT AVEC SOUS-COUCHE BLEUE
ET VERNIS  » EFFET CRAQUELÉ »

de Marie-Pierre Stevant-Lautier

Bien choisir son matériau, non pour l’artifice, mais pour le rendu des choses.
La sous-couche donnera à l’ensemble une teinte bleue qui assurera une bonne humeur pérenne, parce que c’est le bleu qui l’emporte à la fin.
Le bleu se rétablit, même si temporairement le gris, le beige ou le rouge ont occupé l’espace, seulement un temps. Le bleu revient comme revient une tendance naturelle.

C’est le bleu de la résilience. Je pense être bâtie du côté de la résilience.
Je peux supporter d’être vent debout, de vaciller, de mordre la poussière, de tanguer et même d’être en ruines.
Je suis à la fin moi, verticale, le regard ouvert sur un horizon plus large qu ‘avant. Je demeure.

C’est le bleu de la non-violence.
Le bleu de la discrétion, peut-être d’une certaine pâleur de traits.
Le vif, l’incisif qui me plaisent tant chez certaines personnes brunes, aux peaux mates, il me faut les puiser au dedans. Qu’importe ma pâleur d’origine, l’encrier ne montre pas ce qu’il contient. C’est en écrivant que l’on crée la ligne. On peut feindre le noir, le cuivre.
Mais vivement le bleu du commencement, ma couleur primaire, ma couleur d’avant-tout.
Vivement la douceur.

C’est le bleu de l’après-coup.
Il évoque un apaisement, un retour au bien-être d’être soi. Un régulier retour.
On a vu d’autres nuances prendre la place, on a vu ce bleu perturbé tant de fois. Les croisades intimes, les intempéries, les destructions donnent une couleur au visage qui n’est pas naturelle. Le carmin, et le fauve me plaisent, j’en conviens, mais ce sont des teintes d’emprunt. Ma couleur de base est le bleu. Ma sécurité.
Attention, pas le bleu ciel de la Vierge Marie. Je le lui laisse. Chasse gardée.
Mon bleu est celui d’un lavis presque invisible, qui sied à mon visage parce que c’est le bleu qui permet la patience.

Pour finir, poser un vernis à effet craquelé.
Cela confère à l’ensemble un aspect « traversée du temps comme si de rien n’était ».
Des rides oui, mais çà ou là, dans un flou avantageux. Des rides revendiquées, placées au bon endroit, au coin de l’oeil qui s’émerveille, de la bouche qui rit et raconte enfin.
Des formes oui, enfin de la rondeur, on ne sait pas trop, tant mieux, le vernis donne droit à un supplément de corps, une courbe plus ou moins inventée par l’oeil, une joliesse un peu usurpée, coment savoir.
Des interstices, oui, du discontinu, où peuvent encore se loger des désirs, des passions, aussi bien que des attentions, des projets.
Des failles d’où jaillit une lumière.
Des manques, pour poursuivre une croissance que l’on avait interrompue, en en gommant désormais les raideurs .

Ne pas craindre la fêlure, l’ébréchure, puisqu’aussi bien on a su préserver le bleu de l’unité.

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« PLAN RAPPROCHÉ POUR UNE RENCONTRE ».
de Pierre PANISSET

La pointe des cheveux se rappelle nostalgique la blondeur qui fut. En remontant le long de la gaine capillaire, on peut se rendre compte de la teinte poivre et sel qui est.
Au-dessous, sans qu’on puisse espérer une conclusion définitive quant à l’intelligence, on découvre un front légèrement ridé. Une cicatrice en barre le côté droit. Ce front haut surmonte de petits yeux enchâssés comme pour mieux cacher les sentiments derrière d’épaisses paupières lasses. Des pupilles d’un bleu gris, caractéristique familiale paternelle, essayent tant bien que mal d’empêcher toute lecture des pensées.
Un nez sans relief excessif qui ne relève pas d’une esthétique olympienne, une bouche commune, fonctionnelle, délimitent deux pommettes, petites pommes rondes et rouges qui ne sont pas, ne vous y trompez pas, dues à une appétence éthylique mais à un trait génétique.
Rien de bien attirant à une époque, comme vous le savez, où tout se juge sur l’esthétique. En prenant la direction du sol, on trouve ce qu’on peut appeler une inversion des critères de beauté, tels que recherchés dans les revues de mode ou les pages de publicité. Ici les tablettes de chocolat ont été remplacées par des mottes de beurre. L’embonpoint en effet n’est pas une légende, mais un fait établi.
Ce qui est bien réussi, en contrepartie, ce sont les fesses. Elles sont fermes, bien dessinées et musclées. Mais cela ne suffira pas à sauver l’apparence globale. De la virilité du personnage, à cet endroit précis, on n’en dira rien. Chacune pourra à sa guise imaginer. En dessous de ce torse désolant, des jambes trop courtes pour être efficaces et des pieds plats pour finalement palmer l’affaire.
Mais à l’intérieur…! Si vous arrivez à pénétrer cet espace prohibé, à enfreindre les lois de la sphère privée, à enjamber les clôtures, à dépasser la simple visite, peut-être découvrirez-vous une âme, une souffle, une langueur amoureuse.
Ne vous fiez pas aux apparences! L’ensemble est cohérent comme un « crumble », gâteau raté à l’extérieur, mais de si bon goût si on s’y arrête

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« AUTOPORTRAIT »
de Emmanuelle GINESTE

Je suis un triangle, plutôt isocèle
équilatéral quand je grossis
j’ai choisi d’être bleue
un bleu turquoise sans trop de vert
je n’ai qu’un bras
plié comme une racine carrée
en V comme la victoire
un bras plié mais un bras levé
au bout une main élégante
sur laquelle s’envole ou se pose un cœur
il était rouge à ma naissance
ila pris toutes les couleurs ensuite
il disparaît parfois
j’ai 9 ans, je suis adulte depuis toujours
j’ai deux jambes parallèles
ah ça oui !
Il les faut bien pour grimper sur les tours
et sur les toits de la ville
où je finis mes nuits
je suis gravée dans du siporex
dessinée à la craie
tracée à la bombe
sans le métro, au coin des rues ou sur les ponts
des tailles, j’en ai des tas
je vais du centimètre au mètre
mais toujours sans bouche, sans un mot
j’ai arrêté de parler il y a longtemps
je préfère penser
je pense avec mes yeux ronds aux cils qui mangent ma figure
et dépassent de mon visage.
je suis une fille, j’ai des cheveux blonds et une couette majestueuse
qui fait la gueule quand je fais le cochon pendu
ou quand je verse des larmes noires
assise dans un angle…

pourvu qu’il y en ait trois.

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« AUTOPORTRAIT »
de Paule GAILLARD

Je suis une jeune fille. Grande, bien plus que la moyenne. Maigre, trop par rapport aux canons du lieu et de l’époque. Comme j’ai de grands abattis on me compare aux araignées : toute en pattes.
Mes membres étant très longs, j’ai des rallonges de tissus ou de laine tricotée au bout des manches et au bas des jupes pour « terminer » les habits de ma sœur ainée. Lorsque ma sœur me fait des vêtements neufs elle m’affuble de fronces aux épaules et à la taille pour cacher ma maigreur.
Mes mains frêles sont inadaptées aux durs travaux agricoles.
J’ai une petite tête pour mon long corps, un visage pâle ovale, des cheveux blonds cendrés raides que je laisse tomber devant mon visage pour le cacher, une bouche quelconque, un nez de bède(1)dit le voisin, pas de menton, un front haut déjà soucieux et des petits yeux myopes. Des lunettes bien sûr, que j’enlève en public pour ne pas voir qu’on me regarde. Pour palier ma stature de sauterelle, je me tiens voutée. Pour ne pas montrer ma timidité j’affiche dans les rues du village le style « princesse lointaine ».
Je n’ose pas parler parce que ma sœur dit que je suis bête.
Pourtant je sais que j’ai du potentiel, que j’ai de la valeur et, si peu que j’arrive un jour à quitter ce milieu qui m’étouffe, je sais que je saurai les faire éclore.

En attendant je lis beaucoup et j’écoute. Comme je parle peu les copains me font des confidences, certains que je ne répèterai pas. Ils me racontent notamment leurs expériences amoureuses, sexuelles, moi qui n’y connais rien. Mais j’emmagasine : ne pas coucher avec n’importe quel garçon, en prendre un qui te connait et t’épousera si tu tombes enceinte. Attention aux slips sales et aux soutien-gorge qui tiennent avec des épingles, ça fait mauvais genre. Ne pas harceler un copain avec qui tu as couché et qui ne veut plus de toi.

Jusqu’à son mariage ma sœur le dimanche m’oblige à l’accompagner à la grand’messe. Heureusement j’aime chanter et je rejoins le chœur de chant.
L’après-midi avec des copines je vais me promener vers la vierge et les coquines s’éclipsent sous les buissons avec leurs amoureux.
Si la vierge pouvait parler…
Mais elle est aussi mutique que moi.

(1)une bède : une betterave fourragère.

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« MANIÈRE D’AUTOPORTRAIT »
de Sylvie Macquaire

Je suis blonde. Tout un programme.
Coiffée comme l’as de pique, j’ai horreur de passer des heures à m’apprêter devant un miroir. Un coup de sèche-cheveux, un coup de brosse et hop ! Me voici présentable.
Je suis blonde aux yeux bleus. Aïe, quel cliché !
Bleu gris quand le temps est humide, la douceur invite à la confidence. Bleu bleu dans les zones de haute pression et d’hygrométrie basse, l’énergie est au rendez-vous. Bleu avec des points dorés quand je ris, des poussières d’étoiles qui brillent dans les yeux et transpirent la joie. Bleu sombre des mers agitées quand je suis en colère ; peu d’aventuriers osent se confronter aux passes hivernales des Quarantièmes Rugissants… Quel besoin d’avoir un baromètre ? Il suffit de croiser mon regard.
On me dit que j’ai un regard d’aigle, un regard magnétique. Longtemps ; mon regard a été ma force de frappe, mon outil imparable de séduction.
Mais quelle misère de constater que les ans pèsent sur mes paupières, étrécissant ce regard qui capte et fait passer tant de choses ! Deux options : me résigner à vieillir au naturel, telle Charlotte Rampling et son regard de chat à l’affût. Il y a pire me direz-vous. Et vous aurez raison. Quelle icône splendide, même si ce célèbre regard en fente donne l’impression qu’elle a convoqué les caméras au saut du lit ! Ou bien sacrifier à l’autel de l’éternelle jeunesse en recourant aux services lourdement monnayés d’un chirurgien qui, de son bistouri, me rendra un regard de biche. Quel dilemme !
Pour ne pas être victime de maux de tête à jouer la coquette, il me faut porter ces lunettes, synonymes de progrès, et me trouver chanceuse : le trois-en-un, qui permet, selon l’opticien (quel menteur !) de voir avec précision de près, à moyenne distance et de loin. En réalité j’ai l’impression d’avoir un appareil photo sur le nez, qui tente sans toujours y parvenir une mise au point nette, obligeant nerf optique et cerveau à produire des efforts incessants, source de… maux de tête… Que vaut-il mieux ? Être élégante dans le flou permanent ou passe-partout avec quelques arrêts sur image, nets ?
Mon magazine féminin préféré montre Adriana Karembeu vantant les mérites de certaine marque de lunettes. Bien qu’il soit considéré comme la référence de la mode, je soupçonne ce magazine, de collusion financière et de désinformation : en effet, la célèbre pin-up peut se payer le luxe de porter des lunettes et de rester jolie, elle ! Qu’on ne me prenne pas pour une idiote, jamais je n’ai vu de candidate à l’élection de Miss France portant des lunettes, ni même Claire Chazal présentant le J.T. de 20 heures.
Revenons à ma dure réalité. C’est un comble quand le miroir grossissant (qui déjà ne masque aucun défaut de l’épiderme, le vil camarade) ne suffit plus pour me maquiller les yeux, sans risquer le barbouillage ou le ravalement raté de façade en péril. Je dois réussir la prouesse de poser ombre à paupière et mascara tout en portant mes lunettes de travers, assez près pour obtenir la précision du geste, assez loin pour que le pinceau ou la brosse puisse se déployer. Ceci faisant je tords les branches de mon précieux assistant de beauté, nuisant encore à la netteté des images. Heureusement, tout se passe à huis clos, la caméra cachée ne montrera pas le sanctuaire de beauté d’une quinquagénaire; vous me direz, le ridicule ne tue pas…
Et si, dans l’impatience encore juvénile de mon caractère (quelle injustice, tout n’a pas vieilli à la même allure), vite coiffée, vite maquillée, je replace ces lunettes sur mon nez pour filer à de plus importantes occupations après avoir enduit mes mains de crème hydratante, ça ne manque pas, plaf ! Le mascara encore humide se colle aux carreaux. Me voilà en retard, obligée de laver ces fichues lunettes avec des mains grasses !
C’est alors que je rêve d’être un homme, à mille lieues de toutes ces considérations futiles et désespérantes. Vieillir en conservant féminité et glamour, voilà qui n’est pas vendeur dans mon magazine de mode. Il me faut donc, telle une combattante des temps modernes, me battre seule (nos mères et grands-mères ont-elles renoncé ou existe-t-il une omerta sur le sex-appeal des femmes mûres, comme les appelle la presse féminine ?). Il faut me résigner à ne plus lancer d’œillade coquine (c’est plus sage car si, en cédant à la coquetterie, je ne porte pas mes lunettes, je risque de l’adresser à une autre personne qu’à celle visée ; imaginez le quiproquo et la déconvenue une fois la vision nette retrouvée !). Renoncer avec élégance à la jeunesse, quel viatique stupide ! Grandir en sagesse : le lot de consolation des femmes qui y voient encore assez clair pour s’apercevoir que les hommes regardent celles qui ont vingt ans de moins. Mais enfin, mon œil bleu pétille bien encore un peu et, malgré la gymnastique incessante dont il a besoin pour mettre au point, il est encore capable d’observer deux ou trois choses dans son champ de vision. Mes neurones, n’ayant pas encore trop subi les outrages du temps, sauront en faire quelque chose et damer le pion aux belles écervelées….

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