Atelier-surprise du 9 juin 2012

Aux trois chansons interprétées par François CHAVENT, cet après-midi-là, des plumes sont entrées en résonance :

Ecouter Bozo

Ecouter Melocoton

Ecouter Les blés

 
La main va et vient sur les cordes
Melocoton pose ses questions
La main tendue de Melocoton
La main tendue…
La main crispée
La main serrée
La main de l’humanité
La main muette, suspendue par la surprise
La main joyeuse s’agitant par la fenêtre
La main, toujours la main
La main caressante de l’amour
La main enveloppante de l’amitié
La main affairée
La main enfiévrée du malade
La main apaisante de la mère
La main désespérée
La main rageuse qui se dresse
La main qui empoigne
La main qui s’agrippe
La main, lasse, qui décroche
La main abandonnée
La main esseulée
La main tendue de Melocoton

 

 

Alain NÉROT :

Bozo ou Monzo
La douze cordes sonne clair, je ne peux m’empêcher d’essayer de suivre les accords qu’enchaîne une main légère et précise, do, sol, la mineur, fa ou fa dièse, mi. Ils sont simples mais harmonieux. La voix grave évoque la tristesse de l’absence, de l’aimée introuvable. L’image du château au bord de l’étang s’impose. Les murailles anciennes s’élèvent au milieu des plantes aquatiques, les ajoncs et les roseaux se mêlent au lierre et à la vigne vierge qui s’accrochent entre les pierres disjointes. Un hublot faiblement éclairé laisse apercevoir un rideau déchiré. Tout est prêt pour la fête, le cortège des invités, fantômes bienveillants, se presse au portail. Mais Bozo, ou Monzo, peu importe, fils du matelot, se retrouve seul et abandonné. Les invités ne sont que des ombres qui s’effacent et disparaissent en même temps que le château se fond dans la brume. Seul sur son radeau, Bozo, ou Monzo, peu importe, s’éloigne en rêvant à sa bien aimée, qui n’existe pas plus que son rêve de fête et de château. Et Bozo, ou Monzo, peu importe, s’efface derrière un dernier accord qui vibre dans le silence.
Si tu devais partir…
Seconde chanson, capo 5, cette fois la main droite arpège les accords d’une mélodie douce et sombre à la fois. Une mélodie qui évoque la tristesse et la peur de l’abandon, « Si tu devais partir, je serais triste à mourir ». Les images se succèdent ravivant des souvenirs anciens. C’est l’écho de ma voix, quand tu es partie, après un dernier baiser et un dernier regard, comme le voilier que le jusant emporte aidé par un vent de noroît, tu t’es éloignée pour ne plus revenir. La voix légère et douce s’enfle soudain, grave et puissante. Les blés se courbent sous le vent, impuissants et soumis. La rivière s’écoule emportant les méandres de mes souvenirs. Et si tu revenais ? La vague qui t’a prise un beau matin d’avril peut-elle te ramener, après avoir fait le tour de la terre, un soir de septembre ? Les larmes ont séché sur mes joues fatiguées, une chanson me porte, et, seul sur mon radeau, je me perds dans la brume où s’évanouissent mes souvenirs.
Viens, donne-moi la main
Troisième chanson, toujours capo 5, « J’en sais rien, viens, donne-moi la main ». Cette fois, c’est une mélodie ancienne que je connais, une chanson qui réveille des souvenirs d’autrefois, elle était à la mode quand j’étais étudiant. Que tout ceci est loin ! Tendresse des mains qui se joignent, évocation des craintes de l’enfance, comment pourrais-je un jour dominer le monde, devenir comme cet homme immense que j’appelle papa. Ecoute ma détresse et donne-moi la force, protège-moi, toi qui sais, prends ma main. Et, en contre point, je sens dans ma main se glisser la main de mon petit-fils. A onze ans, on est maître du monde… sauf quand il devient inquiétant, alors, que c’est bon de trouver une main accueillante pour me dire que je ne suis pas seul sur le chemin. Raconte-moi une histoire grand-père, une histoire dont je sois le héros, et où je triompherais de tous les pièges  et de toutes les peurs, sur mon radeau, avec mes équipiers, à la découverte de mondes sauvages et merveilleux. Main dans la main, invincibles, nous triompherons de toutes les peurs et de toutes les angoisses. Comment ferons-nous ? « J’en sais rien, mais viens, donne-moi la main ».
 

Andrée POSSETY :

1ère chanson
La brume noie le paysage,
noie le visage de Bozo,
noie le chagrin qu’éclaire le fanal,
noie le bal languissant qui ne réussit pas à animer le château.
Tout va à vau l’eau au rythme du radeau, au rythme de la voix enveloppante de François

L’eau tourne en un tourbillon lent au cœur du marais, l’eau miroir mouvant des sentiments de l’homme éploré aux yeux noyés, l’eau happe dans ses reflets la fée carabosse, les invités poudrés et leurs carrosses.

Les doigts souples et doux du guitariste caressant et accrochant les cordes font surgir une mélodie onctueuse et poignante. Visage incliné, le musicien, sur le ton de la confidence révèle l’aventure malheureuse de Bozo dans son château noyé sous les longs rideaux, Bozo sur son radeau en dérive sur l’eau du chagrin noyé.

Des notes, légères, accompagnent les mots. Plus vives, plus rapides, elles invitent à accélérer l’écriture avant de faire silence… Puis de rebondir de plus belle dans une délicate sourdine.

2e chanson
Le vent souffle, les mots s’envolent sur ses ailes
Le vent caresse les blés ondoyants aux verts changeants
 
Le vent s’est tu, les notes s’assagissent
Les épis lourds s’inclinent au sommet de leurs tiges immobiles
 
Le vent se relance, les mots s’affolent
Les doigts tendus agrippent les cordes
Les blés se couchent en un tapis finement rayé
 
Le vent louvoie, les mots tressautent
Les blés ondoient en une mer verte et brillante
 
Le vent tempête, les mots sonnent et tonnent
Les blés, las, abandonnent
 
Le vent a fui, l’air s’alanguit, les notes s’évanouissent
Le blé s’épanouit
 
 

Alain BONNET :

Douce musique
Balancement du bras
Les bras enlacés
Les vieux rideaux du château
Nostalgie
Souvenirs
Cette voix qui vibre et se balance
Une présence d’autrefois et une mélodie-peinture
Des bleus et des roses
Mais le soleil couchant et les caresses de la main sur les cordes
Du pinceau sur la toile
Du regard sur un visage
La musique s’est envolée
Les doux instants prennent place au salon.
Libre comme l’air, pars si tu le veux
Traverse les sables et les eaux
Va où le vent te désire
La guitare s’inspire du battement de tes ailes
La mélodie pour le cœur
La voix pour l’espace
Et le mot libre au fond de moi.
Grandis encore
Même si tu n’en sais rien
La guitare t’accompagne
Te donne encore la main
Si tu le veux
Te laisser partir.
 

Marie-Christine VINCENT-JEANDENAND :

Tout au long de l’eau, sur un nénuphar, une petite grenouille attend elle aussi.
Restera-t-elle toute seule sous la pluie ?
Vert d’eau, vert pâle, vert rouillé, entre la pluie, un rayon de soleil fait briller une multitude de perles, l’étang se transforme en un écrin de diamants.
Voix grave, voix chaleureuse, tristesse des mots fondus avec le paysage, une aquarelle apparaît sous le pinceau du promeneur qui s’est posé au bord de l’étang.
Les notes de musique tombent sur la feuille, les gouttes d’eau sautent sur les cordes de la guitare, les larmes de Bozo coulent en un flot continu. Tout se mélange tout se transforme, le tableau naît doucement, les couleurs reflètent leur lumière sur le visage de Bozo qui s’éclaircit et s’illumine. Ses larmes se tarissent.
L’attente, le départ, la séparation, pour où ?  Pour quoi ? Pour qui ?
La mer, le marin, le port, le quai, un voilier : s’embarquer, voyager, l’inconnu, la découverte, un vieux rêve, va-t-il se réaliser ?
Partir ou attendre ?
Partir pour aller croquer la vie à pleines dents, pour vivre ?
Attendre pour espérer le retour du bien aimé ?
L’inconnu qui attire ou repousse, la vie chargée de toutes ses incertitudes, de toutes ses surprises qui naissent au détour d’un méandre d’un fleuve, au sommet d’une montagne, au coin d’une rue, tout au bout du chemin, sous les doigts du guitariste qui courent sur les cordes de la guitare, échange sensuel. Lui, caresse, pince gratte. Elle, vibre, sonne, résonne, laisse s’envoler des airs mélodieux qui envoûtent émeuvent, apportent le bonheur.
La voix du chanteur, gave nous emporte dans son voyage. Petite boule d’or court sur ce grand chemin bordé de champs de blé et de coquelicots. La couleur du blé, celle des cheveux de Boule d’or, le soleil, l’été, la chaleur sur notre peau, la chaleur de la voix dans notre cœur.
Un moment partagé, un moment de gaîté, richesse de la vie, richesse du partage, richesse des rencontres, vie que je t’aime.