Debout les mots (textes et chansons)

LECTURE-SPECTACLE du 18 mars 2016

Printemps des Poètes


OUVERTURE


SERRES Alain
Qui m’offrira un poème vrai contre la misère ?
Un poème qui fonctionne
dans la réalité des cités.
Même à midi, même à Noël.
Un poème à retourner dans le sourire du poète si l’on n’est pas satisfait.
Un poème droit, définitif

que les lois devraient respecter.
Avec un banc bleu au milieu de frais repeint jamais brisé.
On y parlerait ensemble de ce qu’on ne connaît pas
de l’autre, de soi.
Presque princes jamais rois.


Video : Quitter la ville
Artiste: Rone
Artiste vedette: François Marry
Album: Créatures


Tableau 1 : OCÉAN


PIROTTE Jean-Claude
La mer
Martinien nous avons suivi
les chemins qui vont à la mer
de la dune est apparue,
la mer, entre les oyats

tu disais ce n’est pas possible
avons-nous marché si longtemps ?
on croirait que la mer attend
depuis toujours d’être surprise
et là-bas l’éclat d’une voile
qu’irisait le soleil couchant
portait l’image d’autres mers
que peut-être nous irions voir


NERUDA Pablo
Inconnus sur la rive
Je suis de retour et la mer m’envoie encore d’étranges écumes,
elle ne s’habitue pas à mes yeux,
le sable ne me reconnait pas.
Ça n’a pas de sens de revenir sans s’annoncer, à l’océan :
lui ne sait pas qu’on est revenu il ne sait même pas qu’on a été absent
et l’eau est tellement occupée avec tant de choses bleues qu’on est arrivé et ça ne se sait pas :
les vagues poursuivent leur chant
et bien que la mer ait beaucoup de mains,
beaucoup de bouches et beaucoup de baisers
personne ne t’a donné la main,
aucune bouche ne t’embrasse
et soudain il faut se rendre compte du peu de chose que nous sommes :
nous nous croyions déjà amis,
nous revenons ouvrant les bras
et la mer est ici, elle poursuit sa danse sans s’occuper de nous.

C’est pourquoi je dois apprendre à nager dans mes rêves,
que la mer ne vienne pas me voir quand je suis endormi !

Si cela arrive ce sera bien
et quand je me réveillerai demain,
les pierres mouillées, le sable
et le grand mouvement sonore
sauront qui je suis et pourquoi je reviens,
ils m’accepteront.
Et je serai encore une fois heureux
dans la solitude du sable.


BOULANGER Pascal
Aujourd’hui la pluie nous comble,
la pluie nous tutoie.

Les rideaux bougent, une lingerie.
Parure et vitesse.

Et c’est la mer qui lance ses mouettes.
Dresse ses façades de granit rose, bleu.
Pose sa voix, nous frôle.
Se lève, s’étend. Un théâtre.

Et c’est nous qui la contemplons, du haut de la digue.
Six jours, sept nuits.


GRANEK Esther
Offrande
(Je cours après mon ombre, 1981)
Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.
Y dansera le ciel
Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré
Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.
Et te les offrirai.


Chanson : Dominique A L’océan


GRANEK Esther
Évasion
(De la pensée aux mots – 1997)
Et je serai face à la mer
qui viendra baigner les galets.
Caresses d’eau, de vent et d’air.
Et de lumière. D’immensité.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera que ciel léger.

Et je serai face à la mer
qui viendra battre les rochers.
Giflant. Cinglant. Usant la pierre.
Frappant. S’infiltrant. Déchaînée.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera ciel tourmenté.

Et je serai face à la mer,
statue de chair et cœur de bois.
Et me ferai désert en moi.
Qu’importera l’heure. Sombre ou claire…


DE SEGARRA J.M.
Chanson de rame et de voile
Quand entre les barques passe l’amour
Il ne porte ni la furie des cris ni celle des baisers
L’amour qui passe au bord de la mer
Est bleu-vert et flexible comme l’eau.

L’amour qui passe au bord de la mer
Veut qu’à peine la barque remue,
Il veut pour la voile un brin de vent,
Mais il craint de sentir les vagues.

Il veut une joue qui se laisse embrasser,
Mais avec une certaine réticence ;
L’amour qui est dit au bord de la mer
Est un amour de très peu de paroles.


Tableau 2 : AMOUR


ANONYME
Le dit d’amour
Elle était arrivée il y a longtemps, avant les fortes gelées de mars.
Mais au village personne ne savait rien d’elle, ni comment elle s’appelait, ni d’où elle venait. On ne se mêle pas des affaires des autres.
Et puis, elle faisait un peu peur, un peu, pas toujours.
On disait qu’elle guérissait les bêtes et même les gens, avec des plantes de lune et des herbes amères.
On ne lui connaissait pas d’amoureux, même du dimanche ; mais on raconte pourtant qu’un soir, à la Saint-Jean, un homme est venu chez elle, chevauchant un alezan.
Elle était là dans l’ombre, plus morte que vive, inquiète de rencontrer l’amour qu’elle avait tant imaginé…
Il devait, dit-on, lui offrir l’anneau d’or, pour qu’elle soit sa toute bien-aimée.
Mais le cheval de l’homme est entré brusquement dans le jardin, a écrasé les fraises des bois cachées dans les allées et son chien a tué les ramiers qui roucoulaient dans le buisson.
L’homme est parti.
Elle n’a rien dit. Elle a pleuré au hasard des nuits.
On dit qu’elle raconte des histoires au vent, qu’elle danse sous les étoiles, toute vêtue de blanc et qu’elle écrit dans un livre de papier jauni, personne ne sait ni pourquoi, ni pour qui.


PREVERT Jacques
Je suis comme je suis
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m’aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime à chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimée
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer …
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.


Chanson : Hallelujah de Léonard Cohen


KEDDAR Miloud
L’horloge d’un autre matin
Tiens ma main dans la tienne pour que ne s’évanouisse plus le rêve. L’orage foudroyait les arbres quand nous marchions sous ces arbres, mais le rêve a tenu. Il y a eu des fatigues, il y a eu cette angoisse de n’être que ce « nous deux » quand l’horloge pouvait décider de plus de pommes sur l’arbre, une autre main dans la sienne, un ou plusieurs regards sur le rêve d’être deux.
Si nos corps ont plus d’une lune, nos cœurs sont encore du matin.
Tiens ma main, tu sais, sous l’orage il y a un matin de plus que le matin, et de l’arbre encore jeune le fruit donné dans le matin de ma main. Tends la main, voici la mienne, voici encore le rêve, sous même l’orage tiens ma main, c’est aujourd’hui l’horloge d’un autre matin.


GUILLEVIC Eugène
Tu m’es apparue
Tu m’es apparue
Au fond de l’allée
Et ce fut comme si
L’allée
Devant toi s’inventait.
Je ne t’ai pas demandé
Où nous allions
Je savais que tu trouverais
Ce pourquoi nous allons.
Ma femme, je te regarde
Comme si tu montais vers moi
Du fond des âges.

Et que je te reconnaissais.

Tu sais
Ce qu’a toujours été
Pour moi la pâquerette
Laisse-moi te dire que depuis
Que nous l’aimons ensemble
Elle est encore plus l’œil de la terre.
Je suis dans mon centre,
Tu es dans le tien.
C’est la rencontre de nos centres,
La permanence de cette rencontre
– Pour tout éclairer –
C’est leur coïncidence
Qui est notre amour.


ADONIS
Entre tes yeux et moi
Quand je plonge mes yeux dans les tiens
Je vois l’aube profonde
Je vois l’hier ancien
Je vois ce que j’ignore
Et je sens que passe l’univers
Entre tes yeux et moi


ELUARD Paul
La terre est bleue
(L’amour la poésie, 1929)
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.


Tableau 3 : VILLE


ARAGON
Paris
Où fait-il bon même au cœur de l’orage
Où fait-il clair même au cœur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
les chansons montent des murs détruits
Jamais éteint renaissant dans sa braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est si fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai

Rien ne m’a fait jamais battre le cœur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré

Paris Paris soi-même libéré


Chanson : Dutronc Thomas : J’aime plus Paris


CHEDID Andrée
Le chant des villes
Je m’attache aux pulsations des villes
A leur existence mouvementée
Je respire dans leurs espaces verts
Je me glisse dans leurs ruelles
J’écoute leurs peuples de partout
J’ai aimé les cités Le Caire ou bien Paris
Elles retentissent dans mes veines
Me collent à la peau
Je ne pourrai me passer
D’être foncièrement :
Urbaine.


GUIGNOL
Lyon
On dit que les « Yonnais » sont gens tristes et froids.
Avares, méfiants et même un peu sournois,
Qu’un intense brouillard, des Brotteaux à Fourvière
Assombrit leur cité, comme leur caractère.
C’est pas vrai, nom d’un rat ! les gones de chez-nous
Sont ni des constipés et ni des cognes-mous.
S’ils crânent un peu moins que nos « capitalistes »
Et si des « Marseillais », souvent un peu fumistes,
Ils n’ont ni la faconde et l’air avantageux ;
C’est que modestement, ils se trouvent heureux.
Avoir de bons amis, avec qui on lichotte.
Et puis, le soir venu, embrasser sa fenotte.
Loin des « caquenanôs » curieux et médisants :
Voilà notre bonheur, bien simple et bien « canant ».


VERHAEREN Émile
Toute la mer
Toute la mer va vers la ville !
Les flots qui voyagent comme les vents,
Les flots légers, les flots vivants,
Lui rapportent le monde en leurs navires.
Les Orients et les Midis tanguent vers elle
Et les Nords blancs et la folie universelle
Et tous nombres dont le désir prévoit la somme.
Et tout ce qui s’invente et tout ce que les hommes
Tirent de leurs cerveaux puissants et volcaniques
Tend vers elle, cingle vers elle et vers ses luttes :
Elle est le brasier d’or des humaines disputes,
Elle est le réservoir des richesses uniques
Et les marins naïfs peignent son caducée
Sur leur peau rousse et crevassée
A l’heure où l’ombre emplit les soirs océaniques.
Toute la mer va vers la ville !
Ô les Babels enfin réalisés !
Et cent peuples fondus dans la cité commune ;
Et les langues se dissolvant en une ;
Et la ville comme une main, les doigts ouverts,
Se refermant sur l’univers !
Toute la mer va vers la ville !


SUPERVIELLE Jules
Marseille
Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l’iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants.
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d’eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes
Ici le soleil pense tout haut, c’est une grande lumière qui se mêle à la conversation, Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d’un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t’en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t’en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer.


Tableau 4 : MOTS


KLANG Gary
Les mots
A Rabelais, à Molière et à Henry Miller
Les mots sont épuisés mes frères
Ces grands mots qu’on nous bave à la face
Les mots ne savent plus rire
On nous écoute on nous empêche de vivre
Les mots ne disent rien
Les mots sont tristes
Ils cachent l’écoute et la terreur
Les mots
Doivent réapprendre à rire
Comme au beau temps des pierres et des pavés
Lorsque Paris riait à la Fraternité
Où donc se cache la Liberté ?
Où est passée la statue qui veillait sur la mer ?


Chanson : Jacques Higelin : Coup de lune


EMAZ Antoine
Les mots on ne sait pas trop
Les mots
On ne sait pas trop

Ils tracent comme des bouclettes
Des mèches de sens sans
Tête

Même hors vent ils frisent
Quand sur la table
Une bouteille tient nette
Sa forme

Pour bien faire il faudrait
Des mots cendriers lourds
Des pavés de verre clair quand
Dehors brûle


RAY Lionel
Les mots sont comme la main
Les mots sont comme la main
ils se ferment ils s’ouvrent
mais quelquefois gorgés de vent
on les perd en chemin.

On y voit des lueurs de crépuscule
qui s’agitent autour des feux
ils vous cherchent et brasillent
flammes et flèches cendres et fumées.

Les mots regardent que voient-ils
sur fond de ciel ce sont des îles
ou de secrètes sources.
Ces trous ouverts dans le temps
il suffirait pour les connaître mieux
de frapper à la porte des dieux.


LE BOËL Jean
Aider les autres à renaître
Aider les autres à renaître
A la parole
Il faut tordre les mots
Nous en héritons
Tordus nous-mêmes
Mais ils nous échappent
Ils ont entre eux des airs de famille
Et leurs lois sont les nôtres
Nous devrions les relever plutôt
Panser leurs plaies
Si penser nous plaît
Les habiter fraternellement
Quelle autre voie.


DESPAX J.L.
Du côté de chez Swatch
Qui va là ? L’approximatif de chez Wikipédia
Honni soit qui mail y pense.
La terre est bleue comme une facture d’Orange.
L’écriture électrique au compteur
Fait la danse du Skype, cherche « Nez » sur Google.
L’Amazone vend son sein sur e.bay
Reluque NSA Today : To be or not to be BBC ?
Perds la face, laisse pousser ton bouc
Écoute écoute, et redoute
Qui polémique après t’avoir coupé la langue.
MSN sans MST, ils ont niqué les PTT
À force de communiquer !
SMS SM, essaimez le post moderne
Avec des éléments de langage… pour tous les âges
Sur l’Ipad un peu crade
The status of liberty se lit au lit, oui
Mais le share est triste hélas et j’ai lu
À la recherche du tweet perdu


Chanson : La rue Ketanou : Les mots


Tableau 5 : ENFANCE


PHILOCTÈTE
Poème des îles qui marchent
je veux parler toujours pour
vous convaincre de la beauté du monde
je me souviens de mon enfance
j’avais l’âge de raison
personne ne peut dire que ce fut triste mes amitiés avec la mer
mes taquineries à l’arc-en-ciel qui venait boire à l’embouchure


BÉRIMONT Luc
L’enfant et la mer
L’enfant voulait mettre toute la mer
Dans le trou qu’il creusait dans la plage.
On lui dit : « Tu n’y parviendras jamais. »
Si on l’avait laissé faire cent ans
Mille ans,
Que serait-il arrivé ?
Peut-être l’éternité est-elle tout simplement
Le temps qu’il faut
Pour mettre toute la mer dans un trou de la plage.


Chanson : Dans le souffle du vent


KOHLHAAS-LAUTIER
L’enfant et la mer
Enfance au nord perdu

enfance bordée
d’angoisses
enfance à rectifier
prière d’insérer
au moins
un sens

enfance au nord perdu
hérissée d’une tendresse
pelée à vif

des rapides la traversent
certains sont franchissables
quand les démons se taisent,

nord à l’enfance perdue
sur une île de chaud-froid

enfance
où les voix femmes
sont pareillement
berceuses, cris et récriminations
Le linge, on n’a pas honte de l’étendre
blanc le linge aux fenêtres
aussi blanc qu’on est pauvre,

sur une île de clarté

enfance
des sanglots
l’espoir y manque
puis coule à flots
puis se partage
l’avenir, on le cherche,

sur une île d’ombre

enfance joueuse
aux dés, à la marelle,
la poupée réfugiée de guerre.
en cachette, on écoute la radio
la nuit
on parle entre sœurs
les yéyés, les garçons
puis les années à avoir un frère
les rires
l’inquiétude,

sur une île de mi-fugue mi-raison

enfance de mots,
de littérature,
lignes sur tous les chemins
les livres subissent des saisons, des pénuries,
des profusions puis
ils recouvrent tout
la chambre est criblée de pages
la tuile aux loups
et autre Stevenson au trésor

sur une île de parenthèses

enfance irrespirable
l’air est vicié
l’air manque de caresses
l’eau est trouble
la terre pourrie pierreuse
explose, érupte et les scories
obstruent la bouche,

sur une île d’outre-amer

enfance des rois, des chevaux,
des trois cheveux d’or du diable
de l’amie assise contre soi et
que nul ne peut voir,
témoin des larmes, du besoin de jardins
du besoin de brillance
de fuchsia, de robes improvisées
dans le jeu des rideaux
du besoin
de parents merveilleux qui parlent bas,

sur une île de désir

enfance à bonne école
la petite voix de l’intérieur
veut tout à coup exister
rejette le fade et le pastel,
échafaude
elle regarde au front des grands
la taille de leur malheur,

sur une île de combat


Chanson : Serge Reggiani : Mon petit garçon


HALLER Claude
Dans le regard d’un enfant
J’ai vu des continents
Des îles lointaines
De fabuleux océans
Des rives incertaines,
Dans le regard d’un enfant.

J’ai vu des châteaux
Des jardins à la française
Des bois des coteaux
De blancs rochers sous la falaise,
Dans le regard d’un enfant.

J’ai vu les Champs-Élysées
L’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel
Le Louvre et la Seine irisée
Comme un arc-en-ciel,
Dans le regard d’un enfant


ROUZEAU Valérie
Je suis toujours enfant
Je suis toujours enfant, je dessine avec soin de longs chemins
de fer, et des bateaux dansant
Mon beau navire ô ma mémoire


Chanson : Barbara : Mon enfance
Chanson : Datin Jacques : Les boutons dorés